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Notes de programme

Scylla et Glaucus

lun. 4 mai 2026

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Programme détaillé

Jean-Marie Leclair, dit «Leclair l’aîné» (1687-1764)
Scylla et Glaucus

Tragédie en un prologue et cinq actes
Livret : d’Albaret. 
Création : Paris, Académie royale de musique, théâtre du Palais-Royal, mardi 4 octobre 1746. 
Publication : Paris, chez l’auteur, la veuve Boivin et Le Clerc, 1746, dédiée à la comtesse de La Mark.

Scylla et Glaucus est donné ce soir sans le prologue.

Durée : 2h + entracte (20 min).

Première partie : 1h05.
Deuxième partie : 55 min.

Distribution

Le Concert d’Astrée
Zürcher Sing-Akademie
Emmanuelle Haïm 
direction
Alice Lapasin-Zorzit cheffe de chœur

Elsa Benoit dessus (Scylla)
Antony Gregory haute-contre (Glaucus)
Chiara Skerath dessus (Circé)
Gwendoline Blondeel dessus (Témire)
Jehanne Amzal dessus (Dorine)
Daniel Brant haute-contre (un berger)
Ekkehard Abele taille (Hécate) 
Peter Strömberg basse-taille (un sylvain)

Introduction

Avec Scylla et Glaucus, Leclair livre l’un des plus beaux opéras français du siècle des Lumières. Aussi brillant qu’inventif, l’ouvrage rivalise aisément avec les compositions de Rameau. Ce n’est pas l’œuvre d’un jeune homme : Leclair a presque 50 ans quand il présente à l’Académie royale de musique (Opéra) de Paris son unique tragédie en musique. Admiré pour son art du violon, le Lyonnais ne s’était jamais encore confronté au grand genre. Le livret, tirant son argument d’Ovide et de Thomas Corneille, est également la première et la seule œuvre connue de son auteur, d’Albaret (1720-1777). Créée le 4 octobre 1746 au théâtre du Palais-Royal, où était installée l’Académie royale de musique, l’œuvre n’y fut représentée que dix-huit fois. Mais il est très probable que Scylla et Glaucus ait été donné peu après sa création parisienne à Lyon, première ville de France à faire entendre les opéras français sous une forme totalement inédite, sans mise en scène et dans un cercle choisi, celui des académies de concert. Scylla et Glaucus semble avoir été abondamment programmé au Concert de Lyon, encore appelé Académie des beaux-arts, qui donna un concert par semaine entre 1713 et 1773, même si nous n’en connaissons pas les dates d’exécution. La bibliothèque municipale de Lyon possède de précieux témoignages de la première diffusion de l’œuvre et de son remaniement par Jean-Marie Leclair pour le Concert de sa ville.

– Extrait du texte de Bénédicte Hertz (Centre de musique baroque de Versailles)

Argument

Acte I
En Sicile, la nymphe Scylla, effrayée par l’amour, repousse tour à tour les avances d’un berger et d’un sylvain. Le dieu Glaucus, fils de Poséidon, désespéré d’être éconduit lui aussi, demande alors l’aide de Circé pour conquérir les faveurs de Scylla.

Acte II
Alors que Circé redoute d’être trop sensible à l’amour, elle tombe éperdument sous les charmes de Glaucus. La magicienne ensorcelle le jeune dieu lors d’une fête. Mais Lica vient rappeler à Glaucus le souvenir de Scylla. Glaucus revient à lui et retourne vers Scylla, laissant Circé ivre de rage.

Acte III
Scylla retrouve Glaucus dont elle est maintenant amoureuse, après avoir éprouvé son amour. Leur bonheur éclate en une fête joyeuse. Transporté, Glaucus invoque les dieux marins pour qu’ils chantent l’Amour. Mais l’allégresse est de courte durée : Circé apparaît, enveloppée d’un nuage, disperse amants et divinités et laisse s’exprimer sa fureur dans un monologue vengeur.

Acte IV
Circé, jalouse de Scylla, échoue à reconquérir Glaucus. La vue de sa rivale attise sa colère et elle feint de céder avant de préparer sa vengeance. À la nuit, avec l’aide d’Hécate, elle obtient un poison mortel destiné à éliminer Scylla.

Acte V
Lors d’une fête, Glaucus et Scylla échangent des paroles tendres malgré la crainte de Circé. Siciliens et Siciliennes célèbrent la libération du joug des Cyclopes. Mais le poison de la magicienne agit : condamnée, Scylla se jette dans la mer et se transforme en rocher, tandis que Circé triomphe face au désespoir de Glaucus.

Scylla et Glaucus, chef-d’œuvre de l’opéra français

Avec Scylla et Glaucus, Jean-Marie Leclair livre l’un des plus beaux opéras français du siècle des Lumières, aussi brillant qu’inventif, sur une dramaturgie musicale qui le hisse au rang d’un chef-d’œuvre rivalisant aisément avec les compositions de Rameau. L’ouvrage n’est pas l’œuvre d’un jeune homme : Leclair a presque 50 ans quand il présente à l’Académie royale de musique (Opéra) de Paris sa première tragédie en musique. Admiré pour son art du violon, le Lyonnais ne s’était jamais encore confronté au grand genre. Le livret, tirant son argument d’Ovide et de Thomas Corneille, est également la première et la seule œuvre connue de son auteur, d’Albaret (1720-1777). Scylla et Glaucus se démarque aussi dans ces années 1740, période où le grand genre de la tragédie était encore abondamment goûté du public au travers de reprises du répertoire des anciens maîtres de la Musique du roi (la génération de Lully et Campra), mais suscitait peu de créations sur la scène parisienne.

Créé le mardi 4 octobre 1746, au théâtre du Palais-Royal où était installée l’Académie royale de musique, Scylla et Glaucus n’y fut pourtant représenté que dix-huit fois. La partition était portée par les deux vedettes de la troupe : Marie Fel (1713-1794) en Scylla et la haute-contre Pierre de Jéliote (1713-1797) en Glaucus. Dans sa préface, le librettiste attire l’attention du spectateur : son prologue ose mêler, avec audace, mythes antiques et réalité contemporaine, afin de célébrer son souverain, Louis XV. Sur un livret qui répond parfaitement aux codes de la tragédie lyrique, Leclair colle une musique empreinte d’un vrai génie. Tout est maîtrisé et habile : la mise en drame du spectaculaire, la déclamation à la française, la grandiloquence de chœurs magistraux. Les sections instrumentales, dont nombre étaient chorégraphiées, imbriquent virtuosité et colorations orchestrales subtiles, dans un élan de vitalité peu commun – il faut se souvenir que Leclair, le «maître de l’école française de violon», débuta comme danseur à l’Opéra de Lyon. Dans son unique opéra, le Lyonnais fait ainsi montre d’un aboutissement rarement égalé.

Après quelques modifications – notamment la suppression de la scène finale, remplacée par un ballet pantomime –, Scylla et Glaucus disparut du répertoire de l’Académie royale de musique de Paris. En décembre 1746, l’œuvre fut reprise dans le salon de Madame de Noailles, comtesse de Lamarck, à qui la partition gravée est dédiée. Sa postérité immédiate se limita alors à la publication de certaines pièces détachées.

À l’opéra et au concert : Scylla et Glaucus à Lyon

Les Lyonnais prisaient le grand répertoire des tragédies lyriques et les nouvelles créations de l’Académie royale de musique de Paris. Les directeurs successifs de l’Académie royale de musique (Opéra) de Lyon obtinrent des contrats de cessions du privilège de l’Académie royale de musique de Paris, accordées pour des périodes et des aires géographiques variées. Bien que l’institution lyonnaise ait souvent traversé des crises financières, elle parvint toujours à proposer une saison riche et exigeante, avec fastes de décors, danses et machines. Elle mettait ainsi à l’affiche, avec seulement six mois de décalage, les grands succès parisiens. On ne connaît malheureusement pas l’intégralité du répertoire de l’Opéra lyonnais, mais il est très probable que Scylla et Glaucus y a été représenté peu après sa création.

Lyon fut la première ville de France à proposer à entendre les opéras français sous une forme totalement inédite, sans mise en scène et dans un cercle choisi, celui des académies de concert. C’est un bouleversement : on peut entendre des opéras librement, car le fonctionnement par abonnement des académies contourne les injonctions du privilège qui interdisait de chanter en français dans un spectacle payant. Scylla et Glaucus semble avoir été abondamment programmé au Concert de Lyon, encore appelé Académie des beaux-arts, qui donna un concert par semaine entre 1713 et 1773, même si nous n’en connaissons pas les dates d’exécution. Les programmes mêlaient un large extrait d’opéra, des pièces instrumentales et vocales et un motet à grand chœur. Scylla et Glaucus fut ainsi «exécuté» – c’est-à-dire joué sans mise en scène, dans une version de concert – dans l’Hôtel du Concert de Lyon. Cette salle de concert, la première de France, érigée en 1724 place des Cordeliers, accueillait les artistes les plus prestigieux de passage dans la ville, à l’instar de Mondonville ou Guignon, et plus tard, Boccherini ou le jeune Mozart.

L’orchestre de l’académie lyonnaise accueille toute la famille Leclair : le père, Antoine, jouant la basse d’archet, et nombre de ses huit enfants quasiment tous musiciens. Cet orchestre était l’un des seuls en Europe à compter dans ses rangs des femmes musiciennes professionnelles. «Mademoiselle Leclair», l’une des sœurs de Jean-Marie, y occupait l’un des meilleurs postes parmi les violons d’accompagnements, aux côtés de son frère Pierre.

Le témoignage de la source lyonnaise

La bibliothèque municipale de Lyon possède de précieux témoignage de la première diffusion de l’œuvre et de son remaniement par Jean-Marie Leclair l’aîné pour le Concert de sa ville. L’Académie des beaux-arts possédait pas moins de trois partitions de l’œuvre, acquises peu après la création parisienne, dont on avait fait copier un très important matériel instrumental et vocal. Les soixante-deux parties séparées permettent d’évaluer le nombre d’exécutants à quatre-vingt-dix environ, une partie servant parfois pour plusieurs musiciens.

Deux partitions sont perdues : la première est une édition gravée de 1747, la deuxième une «partition manuscritte [sic] rangée et donnée par M. Leclair cadet» dont la date de 1745 pourrait même laisser à penser qu’il s’agissait d’une première version de l’œuvre, antérieure à sa création scénique. Cette partition originale, dont c’est là la seule mention, pourrait avoir été destinée au premier mariage du Dauphin avec l’infante d’Espagne Marie-Thérèse cette année-là. Le prologue, dans la veine des tragédies lyriques de Lully, tout à la gloire du souverain, en garde trace. Les derniers vers chantent en chœur les louanges du jeune Louis Ferdinand : «Quel digne fils du plus grand des vainqueurs !»

Les fonds patrimoniaux de la bibliothèque municipale de Lyon conservent par ailleurs un autre exemplaire de cette partition gravée, une «autre partition in f° gravée retranchée et disposée pour former 2 concerts». Elle rend compte des pratiques musicales de l’Académie des beaux-arts de Lyon, où l’on aménageait les œuvres pour les jouer en deux concerts ou séances musicales, coupant l’œuvre entre les deuxième et troisième actes. La source présente de nombreuses annotations manuscrites marquant des coupes et réécritures, de la main du maître de musique François Lupien Grenet qui, comme tant d’autres, avait accompli son début de carrière à l’Académie royale de musique de Paris. Leclair aîné, auteur de l’œuvre, est lui-même intervenu dans cet arrangement, composant une «nouvelle ouverture» spécialement pour le deuxième concert. Cette ouverture a malheureusement été détachée du livre de musique lors d’une exécution plus tardive, mais la source offre là un témoignage unique et précieux de la diffusion du répertoire parisien et des métamorphoses des œuvres, tout autant qu’elle rappelle l’attachement qu’eut tout au long de sa vie Jean-Marie Leclair à sa ville natale.

– Bénédicte Hertz (Centre de musique baroque de Versailles)

Bibliothèque municipale de Lyon, Rés. FM 27 277

Bibliothèque municipale de Lyon, Rés. FM 27 277

Le Concert d’Astrée

Violon I
David PLANTIER (violon solo), Valentine PINARDEL, Clémence SCHAMING, Charles-Étienne MARCHAND, Yuki KOIKE, Elisabet BATALLER CORTES

Violon II
Stéphanie PFISTER, Isabelle LUCAS, Maud VERNHES, Céline MARTEL, Yan MA, Émilie PLANCHE

Hautes-contre et tailles de violon
Michel RENARD, Diane CHMELA, Jean-Christophe BERNARD, Martha MOORE

Violoncelle
Mathurin MATHAREL*, Emily ROBINSON, Annabelle LUIS, Marion MARTINEAU

Contrebasse
Ludovic COUTINEAU*, Jacques-Alexis MARCON

Flûte traversière
Jocelyn DAUBIGNEY, Rebekka BRUNNER
    
Hautbois
Shunsuke KAWAI, Vincent ROBIN (+ musette)

Basson
Philippe MIQUEU, Emmanuel VIGNERON

Percussions
Koen PLAETINCK

Clavecin
Benoit HARTOIN*, Emmanuelle HAÏM*                   

* Continuo

Zürcher Sing-Akademie

Dessus
Serafina GIANNONI, Hannah MEHLER, Baiba URKA, Gunhild ALSVIK, Florence RENAUT, Marie RIHANE, Nadine NENNING

Hautes-contre
Pierre-Baptiste PARIETTI, Luca SEGGE, Matthias KLOSINSKI, Daniel BRANT, Renaud TRIPATHI, Bertrand DAZIN

Tailles
Bernd LAMBAUER, Jens KREKELER, Dan DUNKELBLUM, Tamás HENTER, Fabian MEINEN

Basses-tailles
Ekkehard ABELE, Peter STRÖMBERG, Christian VILLIGER, Saloum DIAWARA, Benedikt HEISINGER, Tobias ZEIER

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