Programme détaillé
Choral «Auf meinen lieben Gott», Bach Ausgabe 37, n° 212
[2 min]
D’après le Concerto pour violon et cordes en ré majeur, op. 3/9, RV 230 de Vivaldi
[4 min]
I. Allegro
II. Adagio
III. Allegro
[22 min]
I. [sans indication de tempo]
II. Adagio e piano sempre
III. Allegro
[16 min]
Concerto pour violoncelle, cordes et continuo en sol mineur, RV 416
I. Allegro molto
II. Largo
III. Allegro
[9 min]
I. Adagio e spiccato
II. [Allegro]
III. Larghetto
IV. Allegro
[9 min]
--- Entracte ---
Concerto brandebourgeois n° 5, en ré majeur, pour flûte, violon, clavecin
I. Allegro
II. Affetuoso
III. Allegro
[21 min]
Duo pour deux violons en fa majeur
Extrait des Zwölf instruktive Duetten [Douze Duos instructifs]
[5 min]
Concerto pour deux deux violons, cordes et continuo en la mineur, op. 3/8, RV 522
I. Allegro
II. Larghetto
III. Allegro
[11 min]
Distribution
Le Consort
Théotime Langlois de Swarte violon et direction artistique
Sophie de Bardonnèche violon et direction artistique
Hanna Salzenstein violoncelle et direction artistique
Justin Taylor clavecin et direction artistique
Introduction
Depuis 2015, le Consort fait entendre sa voix singulière dans le champ de la musique baroque. Fondé par Théotime Langlois de Swarte, Sophie de Bardonnèche et Justin Taylor, bientôt rejoints par Hanna Salzenstein, pour pratiquer le genre pléthorique de la sonate en trio, l’ensemble a élargi son champ d’action au fur et à mesure que les artistes développaient des carrières personnelles de plus en plus intenses. Les musiciens scrutent à présent les débuts du concerto. Ils plongent dans le recueil roi que fut L’estro armonico de Vivaldi, publié en 1711 sous le numéro d’opus 3, et considèrent la manière dont Bach a fait fructifier cet exemple dans sa propre musique en transcrivant pour clavecin les concertos pour violon de l’Italien et en explorant toutes sortes d’effectifs dans ses Concertos brandebourgeois. Avec le cinquième de ces concertos, composés à la cour de Köthen vers 1720 sous le titre de Six Concerts pour divers instruments, Bach sort le clavecin de son rôle d’accompagnement au sein de la basse continue. Une fois en poste à Leipzig, il composera quatorze concertos pour un, deux, trois ou quatre clavecins composés à l’intention des concerts du Collegium musicum, l’orchestre fondé dans cette ville par son prédécesseur Georg Philipp Telemann. En offrant pour la première fois un rôle de soliste à un instrument à clavier, Bach créa un genre nouveau appelé à une immense postérité.
Texte : Auditorium-orchestre national de Lyon
Les œuvres
Johann Sebastian Bach
– Choral «Auf meinen lieben Gott», Bach Ausgabe 37, n° 212
Mélodie : Jacob Regnart (1574)
– Larghetto du Concerto pour clavecin en ré majeur, BWV 972
D’après le Concerto pour violon et cordes en ré majeur, op. 3/9, RV 230 de Vivaldi
Composition : Weimar, vers 1713-1716.
– Concerto pour clavecin et cordes en ré mineur, BWV 1052
Composition : Leipzig, vers 1725-1735, d’après un concerto pour violon antérieur perdu (composé vers 1718-1723).
– Concerto pour violon, cordes et continuo en mi majeur, BWV 1042
Composition : Köthen, vers 1718-1723.
Antonio Vivaldi
– Concerto pour violoncelle, cordes et continuo en sol mineur, RV 416
Composition : 1720-1724.
– Concerto pour deux violons, violoncelle, cordes et continuo en sol mineur, op. 3/2, RV 578
Extrait de L’Estro armonico
Composition : avant 1711.
Johann Sebastian Bach
– Concerto brandebourgeois n° 5, en ré majeur, BWV 1050
Composition : Köthen, vers 1720.
Francesco Geminiani
– Duo pour deux violons en fa majeur
Extrait des Zwölf instruktive Duetten [Douze Duos instructifs], publiés à Berlin vers 1819 et attribués à Geminiani.
Antonio Vivaldi
– Concerto pour deux violons, cordes et continuo en la mineur, op. 3/8, RV 522
Extrait de L’Estro armonico
Composition : avant 1711.
Bach
De 1708 à 1717, Johann Sebastian Bach est organiste à la cour de Saxe-Weimar. À cette charge s’ajoute, à partir de 1714, celle de Konzertmeister, qui lui impose de composer et diriger une cantate sacrée par mois. Au sein de cette cour assez austère, il est donc essentiellement tourné vers la musique religieuse luthérienne, composant ses principales œuvres pour orgue, des préludes de chorals et ses premières cantates. Profondément ancré dans la tradition contrapuntique allemande, il est cependant curieux de tous les styles musicaux étrangers et des influences novatrices qui peuvent lui parvenir. Justement, le retour à Weimar en juin 1713 du prince Jean-Ernest de Saxe-Weimar, âgé de 16 ans, après un séjour d’études à Utrecht, va apporter un vent de nouveauté dans le cercle restreint des musiciens de Weimar. Violoniste accompli, le jeune prince prend des leçons de composition auprès de l’organiste de la principale église de Weimar, Johann Gottfried Walther, qui est un cousin et ami de Johann Sebastian Bach et son aîné de quelques mois. Pendant son séjour d’une année à Weimar, une intense activité musicale se déploie : on copie et on relie des partitions, on transcrit et on compose une quantité de concertos, genre venu d’Italie représentant ce qui se fait alors de plus moderne. Le prince collectionne les copies manuscrites en provenance d’Italie et avait eu l’occasion de se rendre à Amsterdam, centre réputé de l’édition musicale d’où il avait sans doute rapporté maintes nouveautés. Walther et Bach se lancent dans un véritable atelier de transcriptions (vingt-quatre pour Bach, quatorze pour Walther, la plupart sur des modèles italiens) : des concertos d’Albinoni, Marcello, Torelli, et surtout Vivaldi, composés pour les cordes, sont réécrits pour le clavecin ou l’orgue seuls, permettant aux compositeurs allemands une appropriation parfaite de leur style.
Ce qui intéresse particulièrement Bach dans ces œuvres, ce sont d’une part la clarté formelle, articulée en oppositions franches entre ritournelles orchestrales et solos virtuoses, mais aussi un lyrisme mélodique d’une vocalité inédite (comme dans le Larghetto du Concerto pour clavecin en ré majeur, BWV 972), et une vitalité rythmique incomparable.
Plus tard, à la cour de Köthen où réside un orchestre de virtuoses, ou à Leipzig, à la tête du Collegium musicum, orchestre qu’avait fondé Telemann en 1702, Bach fera entendre ses propres concertos, composés sur le modèle vénitien en trois mouvements, mais intégrant toute la richesse contrapuntique de son écriture propre.
Par exemple, dans son Concerto pour violon en mi majeur, BWV 1042, Bach se livre à un minutieux travail sur le matériau thématique : dans le vaste premier mouvement, la ritournelle orchestrale initiale et le violon soliste échangent sans arrêt leurs motifs, allant jusqu’à superposer en contrepoint les différentes cellules, le thème principal passant parfois à la basse.
Composés également à la cour de Köthen, la série des Six Concerts pour divers instruments, dénommés «Concertos brandebourgeois» en référence au nom du prince dédicataire, s’écarte quelque peu du modèle vivaldien, notamment par ses formations instrumentales inédites. Ce sont des œuvres concertantes faisant dialoguer soit plusieurs groupes instrumentaux, soit plusieurs solistes au sein de l’ensemble. Les protagonistes s’y livrent à une conversation, dans le plus pur esprit de la culture aristocratique du XVIIIe siècle.
Le Cinquième Concerto, BWV 1050 est peut-être le plus célèbre de cet ensemble de chefs-d’œuvre. Pour la première fois, le clavecin va quitter son rôle d’accompagnateur pour devenir également soliste. On peut imaginer, aux claviers, Bach lui-même qui mène le jeu, étonnant son auditoire par la puissance de sa pensée et son incroyable maîtrise digitale. Au début, les trois solistes forment un concertino équilibré, comme dans un concerto grosso, mais bientôt le clavecin prend son envolée, jusqu’à faire entendre vers la fin du premier mouvement une extraordinaire cadence de soixante-cinq mesures, aux flamboyances dignes du stylus fantasticus le plus échevelé. Cela fait de cette œuvre singulière une préfiguration du concerto moderne pour clavier. Le mouvement lent, mélancolique et très expressif (affetuoso), est écrit simplement pour le trio de solistes, mais c’est en fait un riche contrepoint en quatuor, car le clavecin, dans une écriture «obligée», ne se borne pas à la simple basse continue. Un mouvement fugué sur un rythme de gigue termine l’œuvre sur une note alerte et joyeuse.
Datant de la période de Leipzig, le Concerto pour clavecin et cordes BWV 1052 est le premier des quatorze concertos pour un, deux, trois ou quatre clavecins composés par Bach pour les concerts du Collegium musicum. En mettant l’instrument à clavier en soliste, Bach crée un genre nouveau appelé à une grande postérité. Son premier mouvement frappe par le caractère abrupt de sa ritournelle initiale, aux unissons impétueux, qui contraste avec la virtuosité déliée et exubérante du clavecin.
– Isabelle Rouard
Vivaldi
L’opus 3, L’Estro armonico [La Fantaisie harmonique], est le premier recueil de concertos publié par Vivaldi, en 1711, après deux recueils de sonates. L’éditeur Estienne Roger à Amsterdam en promeut une très large diffusion dans toute l’Europe, assurant une renommée internationale au compositeur. C’est sans doute par ce biais que la musique de Vivaldi est parvenue à Bach dans sa Thuringe natale (au cours de sa vie, Bach a transcrit six des douze concertos de cet opus). Ce recueil qui a fait date marque un tournant essentiel dans l’histoire du concerto : héritier du concerto grosso qui prévalait en Italie à la fin du XVIIe siècle, il en conserve parfois la pluralité de solistes, mais fait progressivement émerger la figure d’un soliste unique face à l’orchestre (comme dans le Concerto op. 3/2, en sol mineur où le premier violon solo s’émancipe parfois du concertino, le groupe d’instruments solistes), renforçant les oppositions de nature théâtrale entre tutti et soli, et donnant une énergie nouvelle à la virtuosité violonistique.
Le Concerto op. 3/8, en la mineur met en valeur deux violons solistes à égalité d’importance. Il a fait l’objet d’une transcription pour orgue de Bach qui est aujourd’hui un cheval de bataille des organistes.
Violoniste virtuose, Vivaldi s’est aussi intéressé à une multitude d’autres instruments, pratiqués par les jeunes filles dont il supervisait les études musicales à l’Ospedale della Pietà de Venise. Il est l’un des premiers compositeurs à mettre en soliste le violoncelle, qui était alors surtout cantonné dans un rôle d’accompagnateur (basse continue, soutien harmonique en musique de chambre ou dans l’orchestre). Il lui a consacré, outre un recueil de sonates, vingt-sept concertos pour violoncelle et orchestre à cordes, auxquels s’ajoutent deux concertos pour deux violoncelles, dans lesquels il développe la virtuosité propre à cet instrument, faite de grands intervalles, arpèges et traits rapides qui étonnent l’auditeur dans ce registre grave. Par son timbre sombre et sa sonorité presque vocale, le violoncelle inspire à Vivaldi une expression plus dramatique que celle des concertos pour violon(s). Opposé à l’éclat du tutti orchestral, le soliste déploie une expressivité sombre et lyrique qui confère à ces œuvres une intensité particulière.
D’une façon générale, Vivaldi est un virtuose de la couleur, comme en témoignent son goût pour les timbres rares, le soin apporté aux réalisations instrumentales (articulations, coups d’archets, dosage de nuances) et son inventivité harmonique aux enchaînements aventureux. Avec sa vitalité rythmique, il est le maître du mouvement, de l’illusion et de la théâtralité baroque.
– I. R.
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