Notes de programme

Casanova

FESTIVAL LUMIÈRE

Retour au ciné-concert du mer. 13 oct. 2021

Générique détaillé

CASANOVA

France/Allemagne, 1927, 2h39, noir et blanc avec certaines séquences teintées, muet

Réalisation : Alexandre Volkoff, assisté de Georges Lampin et Anatole Litvak
Scénario : Alexandre Volkoff, Norbert Falk, Ivan Mosjoukine
Costumes : Boris Bilinsky
Photographie : Fédote Bourgasoff, Léonce-Henri Burel et Nicolas Toporkoff
Production : Noë Bloch et Gregor Rabinovitch
Sociétés de production : Cine-Allianz (en), Deulig Film (en), Société des Cinéromans
Sociétés de distribution : Pathé Consortium Cinéma (France), UFA-Filmverleih (Allemagne), European Motion Picture Company (Royaume-Uni), Metro-Goldwyn-Mayer (États-Unis)
Sortie : 13 septembre 1927

Interprètes :

Ivan Mosjoukine (Casanova)
Suzanne Bianchetti (Catherine II)
Diana Karenne (Maria, duchesse de Lardi)
Jenny Jugo (Thérèse)
Rina De Liguoro (Corticelli)
Nina Koshetz (la Comtesse Vorontzoff)
Rudolf Klein-Rogge (le Tsar Pierre III)
Michel Simon (un sbire)
Paul Guidé (Grigori Orlov)
Maria Ivogün (la Soprano) (non créditée)
Et une apparition de Jean Delannoy

Nouvelle partition pour orchestre composée par Günter Buchwald
Premières mondiales : octobre 2021 aux Giornate del cinema muto de Pordenone (Italie) et au festival Lumière

Orchestre national de Lyon
Günter Buchwald direction

Restauration super HD réalisée en 2016 d'après un intermédiaire positif safety issu du négatif original nitrate. La séquence au pochoir a été restaurée d'après une copie diacétate d'époque (8K accompli aux laboratoires Eclair).

Concert avec entracte (30 minutes).

Dans le cadre du festival Lumière.

Avec le soutien de la Maison de la musique contemporaine.

L’argument

Casanova mène grand train et grande débauche dans la Cité des doges. Choyé par les femmes, poursuivi par ses créanciers, il finit par s’attirer la foudre des maris qui conspirent auprès du Conseil des dix pour le faire arrêter et condamner. Casanova choisit la fuite, et gagne la Russie via l’Autriche. Il s’introduit à la cour du tsar Paul III sous l’identité d’un modiste français, devient un familier de la Grande Catherine et assiste à sa prise de pouvoir contre son époux. Mais son démon des femmes entraîne sa disgrâce auprès de la nouvelle tsarine et, pour échapper à la prison, il doit fuir à nouveau. Revenu à Venise en plein carnaval, il multiplie les aventures au milieu d’un joyeux tumulte. Poursuivi pour avoir tué en duel un de ses rivaux, le duc de Bayreuth, il est arrêté et enfermé dans les Plombs, la sinistre prison vénitienne. Ses ami(e)s organisent son évasion. Une fois encore, il s’apprête à fuir la ville en s’embarquant sur un navire, à moins que… une belle vénitienne entrevue sur le quai ne lui fasse renoncer pour un temps à son projet d’exil ?

Le film

Film d’aventures extravagant, à la hauteur du personnage incarné par Ivan Mosjoukine au sommet, Casanova constitue un exemple emblématique de «superproduction à la française» destinée à illustrer le haut degré de perfection technique et artistique atteint par le cinéma muet à la veille du passage au parlant.

Joël Daire, Cinémathèque française : «Avant qu’Alexandre Volkoff ne s’empare du sujet, le prince des aventuriers n’avait guère été porté à l’écran que par le Hongrois Alfréd Deésy qui, en 1918, incarnait aussi le rôle-titre. Sujet neuf, donc, pour le Cinématographe, et propice à une œuvre grandiose : décors et costumes somptueux, intrigue aux multiples rebondissements, amour et suspens. Casanova réunit tous les ingrédients d’un succès prémédité

Les producteurs avaient entendu mettre tous les atouts dans leur jeu. Le réalisateur, Alexandre Volkoff, venu en France en 1920 avec la troupe Ermolieff-Kamenka, était une figure du célèbre studio Albatros pour qui il avait réalisé quelques œuvres importantes comme La Maison du mystère (1922), Kean ou Désordre et génie, (1923) et Les Ombres qui passent (1924). Au moment de commencer le tournage de Casanova, Volkoff venait de collaborer à la réalisation d’un des films les plus grandioses des années 1920, le Napoléon d’Abel Gance. Ivan Mosjoukine était la star incontestée d’Albatros, d’abord comme comédien (notamment dans Feu Matthias Pascal de Marcel L’Herbier et Le Lion des Mogols de Jean Epstein) mais aussi comme réalisateur (L’Enfant du Carnaval, Le Brasier ardent). Il venait d’incarner Michel Strogoff sous la direction de Victor Tourjansky, mais Casanova constituera sans doute le rôle de sa vie.

Il sera entouré de quelques très belles actrices comme Diana Karenne et Suzanne Bianchetti, et de bons acteurs au rang desquels on note la participation, dans de petits rôles, de Michel Simon (excellent en garde facétieux) et du futur réalisateur Jean Delannoy. Du côté de l’équipe technique, la direction de la photographie sera assurée par Léonce-Henri Burel, le chef-opérateur attitré de Gance mais aussi de Jacques Feyder et d’André Antoine, la création des décors par Alexandre Lochakoff, celle des costumes par Boris Bilinsky, tandis que le tandem Paul Minine/Nicolas Wilke assurera la coordination des effets spéciaux.

Le tournage du film, qui s’étend d’août à décembre 1926, s’effectue en studio (à Billancourt, Boulogne et Epinay) et en décors naturels à Venise, Strasbourg et Grenoble (ces deux dernières villes ayant été choisies pour les extérieurs censés se dérouler en Autriche et en Russie). Tourné en noir et blanc avec des séquences teintées au tirage, selon l’usage de l’époque, Casanova bénéficie aussi d’une séquence somptueusement peinte au pochoir pour la scène du carnaval de Venise. Présenté le 22 juin 1927 à l’Empire, le film sort le 13 septembre 1927 au Marivaux, et reçoit un accueil critique plus tiède qu’escompté. Certes, ses qualités formelles sont reconnues (et comment pourraient-elles ne pas l’être ?) mais les reproches de froideur et de superficialité ne manquent pas. 

Jean Mitry, dans un article de Photo-Ciné paru en août 1927, saisit parfaitement la spécificité esthétique du film et récuse par avance tout reproche de superficialité : «Nous sommes ici devant une fresque, et c’est à ce titre qu’il convient de juger le film. Il est normal qu’une fresque, s’exprimant en surface, cherche l’ampleur et la beauté plastique pour remplacer “en largeur” la profondeur qu’elle ne peut avoir. Et à ce titre, Casanova est une des plus belles choses que l’on ait réussies en France

Joël Daire, Cinémathèque française : «Les scénaristes ont construit Casanova comme un vaste triptyque dans lequel deux épisodes vénitiens encadrent un épisode russe. À chaque épisode, Volkoff donne une tonalité particulière : la première partie est construite comme un vaudeville, la deuxième est une satire, tandis que la dernière emprunte clairement à la commedia dell’arte. La mise en scène, le jeu des acteurs (celui de Mosjoukine en particulier, omniprésent tout au long du film), le montage enfin sont au diapason des intentions esthétiques du réalisateur
 

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