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À la rencontre de

Nikolaj Szeps-Znaider

Directeur musical de l'Orchestre national de Lyon

En septembre 2020, Nikolaj Szeps-Znaider devient le septième directeur musical de l’Orchestre national de Lyon. Étape marquante dans une carrière internationale de premier plan, au sein de laquelle la baguette rejoint depuis plusieurs années l’archet.

Vidéo-Portrait

Entretien

La musique en partage

À l’aube de sa première saison en tant que directeur musical de l’Orchestre national de Lyon, Nikolaj Szeps-Znaider se confie sur la manière dont il voit cette mission et la musique : l’expérience partagée de la beauté et de la joie.

N. S.-Z. : Je me rappelle notre première semaine de travail : nous répétions la Sixième Symphonie de Tchaïkovski, une partition très connue, et donc dangereuse pour l’orchestre comme pour le chef. Dangereuse parce qu’elle fait revenir en mémoire des souvenirs qui peuvent perturber, voire inhiber le jeu. Les instrumentistes sont tentés de s’installer dans une routine quand il s’agit de monuments du répertoire aussi souvent visités. Avec l’ONL, ce fut exactement le contraire ! C’est une formation qui aime découvrir, expérimenter, avec pour objectif d’atteindre le meilleur. Cette quête nous a immédiatement connectés : nous partageons un idéal, qui, certes, n’est jamais atteint mais qui nous motivera à chaque instant, j’en suis certain.

N. S.-Z. : Je pense qu’un chef ne doit pas se consacrer exclusivement à la direction. Il faut jouer d’un instrument, composer ou toute autre pratique concrète, la direction d’orchestre étant, elle, abstraite. L’avantage de l’exercice instrumental est qu’il vous immerge dans le son, la vibration, la résonance, le timbre. Violoniste, je suis évidemment sensible au jeu de mes collègues de l’orchestre mais je prête la même attention à tous les pupitres, dans leurs spécificités et leur élan collectif.

N. S.-Z. : Je suis impressionné par son remarquable niveau instrumental et la beauté de sa sonorité. C’est sur ces fondations que nous allons bâtir notre partage de la musique et le sens que nous voulons donner à l’interprétation. Tout commence dès la première répétition où, d’emblée, se soude le collectif – dont j’ai la responsabilité. Travailler, puis jouer devant le public est extrêmement sérieux et exigeant mais doit se faire dans la joie. Joie de chaque détail de la partition et joie contagieuse, qui circule entre les musiciens et se répand dans la salle. Cette joie est elle aussi de ma responsabilité.

N. S.-Z. : C’est la grande question et le délice de ma fonction ! Chaque concert doit posséder son identité, sa saveur, tout en apportant sa pierre à l’ensemble de la saison – laquelle, pour être réussie, ne peut se contenter d’être la somme des soirées successives. Au cours de notre voyage – puisque tel est le fil rouge de cette saison –, l’orchestre et moi allons faire des haltes attendues, telles de grandes symphonies de Beethoven, Schumann ou Mahler, mais aussi des étapes plus surprenantes, invitant le public à la découverte. Et, de même que chaque concert participe de la saison tout entière, on conçoit une saison en pensant déjà la suivante…

N. S.-Z. : Je dirige Berlioz, Ravel, Debussy, dont le génie est irréductible à tout autre. Mais, au cours des prochains mois, j’aimerais également faire découvrir certains compositeurs français moins connus. Sans vouloir en minimiser la singularité, je suis frappé par les connexions entre la musique de Vincent d’Indy, Édouard Lalo, Albéric Magnard ou Albert Roussel et celle de l’Europe centrale. Il me semble intéressant de mettre en lumière ces relations.

N. S.-Z. : Un orchestre ne peut se concevoir comme une entité à part. Il y a tant de manières, de nos jours, de dépenser son temps et son argent : les loisirs, le sport, les voyages… Et, au sein de la musique, tant de styles différents, du baroque au rap, en passant par l’opéra, le jazz ou la chanson. Je pense que la musique classique est une expérience de vie, de sens, une philosophie. Et qu’un orchestre est un collectif apte à fédérer une communauté autour de lui, avec lui. Je sens que la ville de Lyon est légitimement fière de l’ONL et lui confie une mission essentielle : aller au-devant de nouveaux auditeurs, avec enthousiasme et respect.

N. S.-Z. : Avant tout, je suis bien décidé à apprendre le français ! Lyon est une ville magnifique, dynamique et vibrante, et je vais profiter de mes plus longs séjours pour visiter les musées, les quartiers, les places et les quais. Et, si je suis souvent sur le podium du chef, j’aime aussi me glisser dans les rangs des spectateurs. Je me sens bien au milieu du public que je trouve ouvert, accueillant, sans a priori. Qu’il soit jeune ou moins jeune, féru de musique ou néophyte, chacun trouve sa place et son bonheur à l’Auditorium.

Première saison avec l'Orchestre national de Lyon

«La première chose que j’ai vue en atterrissant à Lyon, c’est le nom de Saint-Exupéry. Depuis lors, à chaque fois, je repense à cet homme célèbre non seulement pour sa place dans l’histoire, comme pionnier de l’aviation mondiale, mais aussi pour sa prose philosophique. "Le véritable voyage", écrit-il, "ce n’est pas de parcourir le désert ou de franchir de grandes distances sous-marines, c’est de parvenir en un point exceptionnel où la saveur de l’instant baigne tous les contours de la vie intérieure." Quelle manière poétique de nous convier à être là, dans l’instant présent !

«Parvenir en un point exceptionnel où la saveur de l’instant baigne tous les contours de la vie intérieure.» 

Le thème de notre première saison, Le Voyageur, est inspiré par Saint-Exupéry à de nombreux égards. Ce thème m’a également incité à retrouver mes racines – non seulement pour avoir parcouru des milliers de kilomètres comme musicien au cours des trente dernières années, mais également pour avoir grandi au contact de la musique d’Europe centrale et m’identifier fortement à elle. Dans ma jeunesse, j’ai vécu et étudié à Vienne pendant plus d’une décennie et, comme violoniste, j’ai toujours ressenti une affinité naturelle avec le répertoire germanique de Mozart, Beethoven, Mendelssohn, Schumann et Brahms. Et c’est mon amour pour Mahler, Wagner, Bruckner et Richard Strauss qui m’a poussé à devenir chef d’orchestre. Le programme de notre première saison puise à ces racines et chemine en musique à travers le XIXe siècle, parallèlement à mon propre parcours de musicien sillonnant l’Europe.

À l’exception notable de Bach, Mozart et quelques autres, le moment où la musique a vraiment commencé à explorer les "contours de la vie intérieure", c’est l’aube du XIXe siècle, en Europe centrale. Un formidable creuset de compositeurs s’y est formé, et de cette émulation a surgi ce qui se révélerait être un héritage extraordinaire. Beethoven a donné le signal d’un nouvel âge d’or des Lumières où la musique commençait à se faire ouvertement expression individuelle. De nombreux compositeurs ont suivi ses traces et, à mesure que le rythme du XIXe siècle s’accélérait, la révolution industrielle se mit en marche, apportant encore un surcroît d’énergie et d’invention, nous portant d’une seule traite jusqu’au seuil de Gustav Mahler.

Notre première saison explore ce voyage extraordinaire, et les routes respectives des artistes invités se croisent, elles aussi, à Lyon : de quoi former un kaléidoscope géographique dans lequel le thème du Voyageur se nourrit et se déploie avec éclat.

Je ne pouvais pas rêver meilleures circonstances pour ouvrir ce nouveau chapitre de ma vie musicale. L’Orchestre national de Lyon est installé dans une ville bouillonnante, qui offre un soutien entier et significatif à ses institutions culturelles – au sein desquelles l’orchestre constitue un joyau particulièrement précieux. C’est une phalange magnifique, dotée d’un son qui n’appartient qu’à elle et riche de musiciens fiers de leur héritage tout en ayant soif d’atteindre de nouveaux sommets.

J’ai hâte que la saison commence et que nous embarquions ensemble pour ce qui promet d’être un passionnant voyage musical. Un voyage où il ne sera pas nécessaire "de parcourir le désert ou de franchir de grandes distances sous-marines" car nous allons l’entreprendre chez nous, à Lyon, tous ensemble.»

Nikolaj Szeps-Znaider
Directeur musical de l’Orchestre national de Lyon

Concerts 2020/2021

Biographie

En septembre 2020, Nikolaj Szeps-Znaider devient le septième directeur musical de l’Orchestre national de Lyon. Étape marquante dans une carrière internationale de premier plan, au sein de laquelle la baguette rejoint depuis plusieurs années l’archet.

Après une saison 2019/2020 où se sont déjà écrites de belles pages communes – le concert d’ouverture de saison, une tournée dans les principales salles russes –, Nikolaj Szeps-Znaider prend en 2020/2021 la direction musicale de l’Orchestre national de Lyon. Ce poste est la concrétisation d’une carrière de chef d’orchestre qui, depuis quelques années, monte irrésistiblement en puissance. Outre les liens étroits qu’il a tissés avec l’Orchestre symphonique de Londres, Nikolaj Szeps-Znaider est désormais l’invité régulier des plus grandes phalanges mondiales ; parmi ses prestations récentes et prochaines figurent des concerts avec l’Orchestre symphonique de Chicago, l’Orchestre de Cleveland, l’Orchestre philharmonique de New York, la Staatskapelle de Dresde et les Orchestres philharmoniques de Stockholm, Bruxelles et Oslo.

Nikolaj Szeps-Znaider s’affirme également sur la scène lyrique. Après le succès éclatant de ses débuts à la Semperoper de Dresde dans La Flûte enchantée, il y a été immédiatement réinvité dans Le Chevalier à la rose à l’automne 2019. En 2020/2021, il fait ses débuts à l’Opéra royal du Danemark dans une nouvelle production de La Flûte enchantée.

Reconnu comme l’un des meilleurs violonistes au monde, Nikolaj Szeps-Znaider conserve un calendrier très dense de concerts en soliste et en récital. Lors de la saison 2018/2019, il a été artiste en résidence auprès de l’Orchestre symphonique de Vienne, se produisant au violon ou à la baguette lors de multiples projets, faisant notamment ses débuts de chef au Musikverein dans la Première Symphonie de Mahler. Il joue un Guarneri del Gesù de 1741, qui fut autrefois celui de l’illustre virtuose Fritz Kreisler et que lui prête à long terme le Théâtre royal du Danemark grâce à la générosité des Fondations Velux, du Fonds Villum et de la Fondation Knud-Højgaard.