◁ Retour au concert du lun. 9 fév. 2026
Programme détaillé
Concerto pour flûte, violon et violoncelle en la majeur, TWV 53:A2
I. Largo
II. Allegro
III. Gratioso
IV. Allegro
[22 min]
Concerto pour violon en la mineur, BWV 1041
I. [sans indication de tempo]
II. Andante
III. Allegro assai
[16 min]
Double Concerto pour flûte à bec et traverso en mi mineur, TWV 52:e1
I. Largo
II. Allegro
III. Largo
IV. Presto
[14 min]
--- Entracte ---
Concerto brandebourgeois n° 5, en ré majeur, BWV 1050
I. Allegro
II. Affettuoso
III. Allegro
[20 min]
Concerto pour quatre violons sans basse en sol majeur, TWV 40:201
I. Largo e staccato
II. Allegro
III. Adagio
IV. Vivace
[7 min]
Concerto brandebourgeois n° 4, en sol majeur, BWV 1049
I. Allegro
II. Andante
III. Presto
[15 min]
Distribution
Café Zimmermann
Pablo Valetti direction
Ce projet reçoit le soutien de l’Adami et de la Spedidam.
Introduction
Chacun au service de sa municipalité, l’un à Leipzig et l’autre à Hambourg, Bach et Telemann (son aîné de quatre ans) s’estimaient profondément. Telemann a d’ailleurs été en poste à Leipzig avant son cadet. C’est là qu’il réunit quelques étudiants pour fonder en 1701 un collegium musicum. À partir de 1723, Bach dirigea à son tour cet ensemble qui, entre-temps, avait pris ses quartiers au café Zimmermann (dont l’ensemble fondé par Céline Frisch et Pablo Valetti a pris le nom). Telemann bénéficia d’une plus grande reconnaissance que Bach, parce qu’en plus d’être compositeur il était aussi entrepreneur culturel, directeur d’institutions prestigieuses, éditeur, organisateur de concerts et qu’il créa même la première revue périodique musicale allemande en 1728 (Der getreue Musikmeister). Probablement aussi parce que sa musique pouvait parfois se montrer plus immédiatement séduisante. Quoi de plus ravissant en effet que l’ample mélodie et les doux frottements introduisant le Largo de son Concerto pour quatre violons sans basse ? On croirait du Vivaldi. Mais, à Leipzig comme à Köthen auparavant, Bach cultiva lui aussi l’art de la musique pour le plaisir. Avec ses Concertos brandebourgeois, ainsi surnommés parce qu’il les offrit au margrave de Brandebourg dans le dessein, peut-être, d’obtenir un poste à Berlin, le compositeur a accommodé toutes sortes d’effectifs instrumentaux ; le Cinquième donna même naissance au concerto pour clavier. Entre Bach et Telemann, pourquoi faudrait-il choisir ?
Texte : Auditorium-Orchestre national de Lyon
Georg Philipp Telemann
«La vie de Telemann est un roman mené tambour battant, et l’on ne finit pas d’en épuiser les épisodes. Quant à son œuvre, gigantesque, elle défie de prime abord une juste perception d’ensemble. Mais affirmer du musicien qu’il aurait composé d’innombrables musiques galantes stéréotypées est à peu près aussi malin que de dire de Vivaldi qu’il a écrit six cent fois le même concerto, ou que Bach fut une divine machine à coudre, voire un mathématicien hermétique suant l’ennui. C’est surtout, et simplement, ignorer son œuvre.»
(Gilles Cantagrel, Georg Philipp Telemann, éd. Papillon, 2003)
Georg Philipp Telemann et Johann Sebastian Bach sont contemporains (Telemann est l’ainé de quatre ans) et ont mené en Allemagne des carrières parallèles. Ils se sont croisés à plusieurs reprises et ont noué des liens professionnels et personnels (Bach a demandé à Telemann d’être le parrain de son second fils, Carl Philipp Emanuel). Ils s’estimaient mutuellement, et s’envoyaient leurs œuvres. Bach a copié et dirigé plusieurs œuvres de Telemann, et ce dernier admirait la science contrapuntique de son cadet. Après le départ de Händel en Italie puis son installation en Angleterre, ils étaient les deux compositeurs allemands les plus réputés.
Cependant Telemann jouissait d’une célébrité bien plus grande auprès d’un large public, étant une figure publique majeure du monde musical : entrepreneur culturel, directeur d’institutions prestigieuses, éditeur, organisateur de concerts, créateur de la première revue périodique musicale allemande en 1728 (Der getreue Musikmeister)… Au sommet de sa carrière, à Hambourg à partir de 1721, il est Cantor et Director musices des cinq principales églises de la ville, tout en prenant la direction d’un collegium musicum (orchestre) comme il l’avait fait auparavant à Leipzig et Francfort. On le sollicite pour toutes les cérémonies officielles, et il compose pour des divertissements pour les fêtes privées de la haute société. Il reprend activement son activité d’éditeur de musique, une véritable entreprise d’où sortent quarante-quatre ouvrages en quinze ans. Et surtout, il prend la direction de l’Opéra, le premier en date en Allemagne (fondé en 1678).
Homme du monde, cultivé et sociable, il compose une musique où se fondent harmonieusement les styles français, italien et allemand, en accord avec l’évolution du goût de l’époque, où le faste baroque de cour laisse peu à peu place à une esthétique galante plus légère, appréciée de la bourgeoisie. Son incroyable fécondité (il aurait écrit quelque 6000 œuvres, dont environ 3700 nous sont parvenues, touchant tous les genres vocaux et instrumentaux de son temps) est à mettre en regard avec son imagination inépuisable, notamment l’originalité de ses combinaisons instrumentales.
Cette inventivité se remarque dans le domaine du concerto, genre importé d’Italie que les musiciens allemands ont adapté à leur goût propre. Dans sa jeunesse, Telemann avait étudié en autodidacte un nombre impressionnant d’instruments les plus divers, et cette gourmandise pour la diversité des timbres se retrouve dans ses concertos, dont beaucoup mettent en solistes plusieurs instruments.
Le Concerto pour flûte traversière, violon, violoncelle qui ouvre ce programme a été publié en 1733 dans le premier volume de la Musique de table [Tafelmusik], important recueil publié en trois livraisons vendues par souscription qui représente ce que Telemann considérait comme le meilleur de lui-même dans le domaine de la musique instrumentale.
Comme son titre l’indique, c’est une création élégante et raffinée destinée à rehausser avec goût les réceptions et concerts privés, sans troubler la digestion des convives. Chacun des trois volumes propose un «menu» complet des principaux genres instrumentaux de l’époque : une ouverture avec suite de danses, un quatuor, un concerto à plusieurs solistes, une sonate en trio, un solo avec basse continue et une conclusion orchestrale.
Le Double Concerto pour flûte à bec et traverso permet d’apprécier la différence subtile de timbre entre ces deux types de flûtes, et leur virtuosité volubile. Le Presto final est une sorte de «tambourin» en rondeau, à la française, rustique et roboratif à souhait ; on se croirait presque dans un opéra de Rameau !
Le Concerto pour quatre violons sans basse en sol majeur possède une formation rare et particulièrement ingénieuse. Bien que sans orchestre, il s’agit pourtant d’un concerto, car chacune des parties instrumentales joue en soliste à tour de rôle, accompagnée par les autres qui forment l’harmonie, et donc l’accompagnement «orchestral», dans d’incessants croisements de grave et d’aigu. L’œuvre recèle quelques étrangetés harmoniques qui feront dresser l’oreille à l’auditeur attentif. Dans le Presto final, les violons se prennent pour des trompettes lançant leurs joyeuses fanfares, avec humour.
Johann Sebastian Bach
La carrière de Johann Sebastian Bach est plus traditionnelle, moins tournée vers le grand public cosmopolite (contrairement à Telemann, il ne s’est pas intéressé à l’opéra, faisant de ses passions et cantates un théâtre sacré pour la gloire de Dieu). Bach se consacre particulièrement à la musique instrumentale dans les années 1708 à 1717 à Weimar, où il écrit de nombreuses œuvres pour orgue ou clavecin et découvre avec enthousiasme les concertos italiens, ceux de Vivaldi en particulier, qu’il transcrit pour les claviers. Ensuite, il est recruté à Köthen comme maître de chapelle dans une cour calviniste où la musique sacrée est proscrite. Mais le prince d’Anhalt-Köthen est un passionné de musique qui a engagé les meilleurs virtuoses pour son orchestre. Pendant ce séjour de 1717 à 1723, Bach écrit la plupart de ses grandes œuvres instrumentales, notamment les six Concertos brandebourgeois. Pourtant, il quitte cette cour pour trouver à Leipzig une fonction plus en accord avec sa vocation : servir Dieu par la musique sacrée. Nommé cantor en 1723, il déploie une intense activité de compositeur, enseignant, organiste, chef de chœur et d’orchestre, selon les exigences de sa charge. Dans les années 1729 à 1737, il reprend en outre la direction du collegium musicum, fondé par Telemann en 1702. Cet orchestre formé principalement d’étudiants se produit notamment dans la grande salle ou les jardins du café Zimmermann. À cette occasion, il renoue avec le concerto, en écrivant des œuvres pour un, deux, trois ou quatre clavecins et cordes, un genre dont il est quasiment le créateur.
Le Concerto pour violon en la mineur BWV 1041, qui date de l’époque de Köthen (vers 1718-1723), est caractéristique de la manière dont Bach s’empare du genre concerto. Au lieu de se contenter de l’alternance d’une ritournelle orchestrale et de différents solos juxtaposés, il travaille en profondeur l’articulation de ces éléments, en les faisant se superposer, s’interpénétrer en une savante mosaïque de motifs démultipliés par le contrepoint dont il nourrit ses textures orchestrales. Quant à la sublime mélodie du mouvement lent central, si elle n’a pas la spontanéité des cantilènes de Telemann, elle puise la complexité de ses arabesques dans le riche substrat harmonique qui se déploie majestueusement dans les basses.
Intitulés officiellement Six Concerts pour divers instruments, les «Brandebourgeois» ne sont pas des concertos au sens moderne du terme, mais des œuvres concertantes faisant dialoguer soit plusieurs groupes instrumentaux, soit plusieurs solistes au sein de l’ensemble. Les protagonistes s’y livrent à une conversation, dans le plus pur esprit de la culture aristocratique du XVIIIe siècle.
Leur appellation provient du dédicataire : en 1721, Bach envoie ces œuvres au margrave Christian Ludwig de Brandebourg, neveu du roi de Prusse (peut-être dans l’espoir d’obtenir un poste à Berlin). Le dédicataire, mélomane averti, exprima son admiration mais aussi son regret de ne pouvoir les faire jouer, n’ayant pas à sa disposition des instrumentistes suffisamment expérimentés. On pense que Bach n’a pas composé ces six œuvres somptueuses à l’intention du margrave, mais a plutôt réuni dans son manuscrit les échantillons les plus remarquables du répertoire instrumental qu’il avait composé pour la cour de Köthen. Il se dégage de ces six joyaux une impression d’accomplissement, de perfection et de vitalité, sans doute le reflet d’une période heureuse de la vie de Bach.
Le Cinquième Concerto, BWV 1050 est peut-être le plus célèbre de cet ensemble de chefs-d’œuvre. Pour la première fois, le clavecin va quitter son rôle d’accompagnateur pour devenir également soliste. On peut imaginer, aux claviers, Bach lui-même qui mène le jeu, étonnant son auditoire par la puissance de sa pensée et son incroyable maîtrise digitale. Au début, les trois solistes forment un concertino (groupe de solistes) équilibré, comme dans un concerto grosso, mais bientôt le clavecin prend son envolée, jusqu’à faire entendre vers la fin du premier mouvement une extraordinaire cadence de soixante-cinq mesures, aux flamboyances dignes du stylus fantasticus le plus échevelé. Cela fait de cette œuvre singulière une préfiguration du concerto moderne pour clavier (un genre que Bach explorera plus tard à Leipzig). Le mouvement lent, mélancolique et très expressif (affetuoso), est écrit simplement pour le trio de solistes, mais c’est en fait un riche contrepoint en quatuor, car le clavecin, dans une écriture «obligée», ne se borne pas à la simple basse continue. Un mouvement fugué sur un rythme de gigue termine l’œuvre sur une note alerte et joyeuse.
Le Quatrième Concerto, BWV 1049 met en valeur un violon soliste et deux «flûtes d’écho» (selon l’indication de Bach, sans doute une sorte de flûte à bec champêtre appelée aussi «flageolet»). Le violon se détache nettement, se livrant parfois à des traits virtuoses (vélocité, doubles cordes…), alors que les flûtes s’expriment constamment en duo. Après un premier Allegro d’allure pastorale, l’Andante nous transporte dans un monde idyllique, une sorte de «scène aux champs Élysées» où les rythmes de deux croches liées, figure baroque codifiée, évoquent des eaux qui s’écoulent calmement, ou encore un sommeil paisible. Le trio de solistes se présente fréquemment en écho du ripieno (orchestre entier), et se fond davantage dans l’ensemble. Le finale est une fugue à la fois joyeuse et savante, où Bach donne libre cours à sa veine contrapuntique tout en ménageant des divertissements confiés aux solistes, brillants et volubiles.
– Isabelle Rouard
Café Zimmermann
Café Zimmermann
Direction Pablo Valetti
Flûtes
Michael Form, flûte à bec
Karel Valter, flûte à bec et traverso
Violons
Pablo Valetti
David Plantier
Pavel Amilcar
Catherine van de Geest-Montavon
Mauro Lopes Ferreira
Heriberto Delgado Gutierrez
Éva Posvanecz
Altos
Núria Pujolràs
Bernadette Verhagen
Violoncelles
Balázs Máté
Étienne Mangot
Contrebasse
Davide Nava
Clavecin
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