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Notes de programme

Quatuor Belcea

Mardi 28 avril 2026

Retour au concert du mar. 28 avril 2026

Programme détaillé

Brett Dean (né en 1961)
Quatuor à cordes n° 4, «Un petit livre de prières»

Pour le Quatuor Belcea, en mémoire de Laura Samuel (1976-2024)

I. Petition [Supplique]
II. Speaking in Tongues [Parler en langues]
III. Contemplation
IV. The Gospel Truth (« A Closer Walk with Thee ») [La Vérité de l’Évangile (« Une marche plus proche de Toi »)]
V. Lament [Lamentation]

[20 min]

Benjamin Britten (1913-1976)
Quatuor à cordes n° 2, op. 36

I. Allegro calmo senza rigore
II. Scherzo : Vivace
III. Finale : Chacony

[30 min]

 

--- Entracte ---

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Quatuor à cordes n° 19, en do majeur, KV 465, «Dissonances»

I. Adagio – Allegro
II. Andante cantabile
III. Menuetto : Allegro – Trio – Menuetto da capo
IV. Allegro molto

[30 min]

Distribution

Quatuor Belcea : Corina Belcea et Suyeon Kang violon – Krzysztof Chorzelski alto – Antoine Lederlin violoncelle

Introduction

Partenaire de longue date des membres du Quatuor Belcea, comme ensemble et à titre individuel, Brett Dean était en train de composer ce quatuor à leur intention lorsque lui parvint la nouvelle du décès de Laura Samuel, le second violon historique du quatuor – elle avait entre-temps pris sa retraite, remplacée par l’Australienne Suyeon Kang. Sous le choc de cette nouvelle, la partition prit un chemin imprévu pour devenir un hommage à la disparue, sous la forme de ce «petit livre de prières» qui sert aujourd’hui de sous-titre : supplique, prière contemplative, lamentation, mais aussi glossolalie (le «parler en langues» qui, dans la tradition chrétienne, est associé à la venue de l’Esprit Saint à la Pentecôte) et gospel. À cette partition achevée en 2025, le Quatuor Belcea associe deux de ses compositeurs de prédilection. Le Deuxième Quatuor de Britten a été créé en 1945 à l’occasion d’un concert commémorant le deux cent cinquantième anniversaire de la mort du compositeur Henry Purcell. Son finale, une chaconne, est un hommage direct à cet aîné que Britten admirait et qui recourait volontiers à cette forme consistant en variations sur une basse obstinée (on pense bien sûr à la «Mort de Didon», qui conclut son opéra Didon et Énée). La chaconne de Britten repose sur un thème de neuf mesures qui engendre vingt et une variations. Dernier des six quatuors dédiés par Mozart à Joseph Haydn, le Quatuor «des dissonances» fut achevé le 14 janvier 1785 et joué pour la première fois le 12 février suivant, à Vienne, en présence de celui que l’on désigne comme le père du quatuor. Mozart et son père, Leopold, faisaient partie des quatre musiciens. C’est après ce concert que Haydn fit part à Leopold Mozart de son admiration pour le jeune compositeur, alors âgé de 29 ans : «Je vous dis devant Dieu, en homme sincère, que votre fils est le plus grand compositeur que je connaisse personnellement ou de nom ; il a du goût et possède par ailleurs la science la plus élevée en matière de composition.» L’œuvre tient son surnom, apocryphe, du chromatisme intense qui règne dans l’introduction lente du premier mouvement. Ces premières mesures créent un sentiment de tension, d’attente d’une nouveauté absolue, que l’Allegro ne résout qu’en partie : il est en effet secoué d’accents et de contrastes qui, à l’époque, étaient eux aussi novateur.

Texte : Auditorium-Orchestre national de Lyon

Dean, Quatuor n° 4

Composition : 2025.
Création : New York, Carnegie Hall, 22/10/2025, par le Quatuor Belcea.

J’ai rencontré pour la première fois le Quatuor Belcea au Festival de Sydney en 2001, lorsque j’ai joué avec eux comme altiste invité. Bien que jeune ensemble, il comptait déjà parmi ses membres des figures incontournables de la musique de chambre. La commande de ce nouveau quatuor à cordes est pour moi une merveilleuse occasion de retrouver ces musiciens exceptionnels, notamment les deux membres fondateurs, Corina Belcea et Krzysztof Chorzelski, avec lesquels j’ai joué des quintettes de Mozart il y a vingt-cinq ans.

J’ai cependant été profondément attristé d’apprendre le récent décès de Laura Samuel, ancien second violon et membre fondatrice du quatuor. Ma nouvelle œuvre est dédiée à la mémoire de cette personne si chère. C’est au fur et à mesure de la composition qu’à émergé le sous-titre de l’œuvre, «Un petit livre de prières».

Il ne fait aucun doute que les moments marquants de l’œuvre destinés au second violon ont été composés en hommage à Laura, que j’ai rencontrée pour la dernière fois à la fin de sa carrière, alors qu’elle occupait le poste de violon solo de l’Orchestre écossais de la BBC, où elle savait créer une ambiance chaleureuse et fédératrice. Mais ces passages constituent également un geste de bienvenue à l’intention de la nouvelle membre australienne du quatuor, Suyeon Kang, dont j’ai découvert le talent exceptionnel alors qu’elle était encore étudiante à Melbourne, en 2007.

Ce «livre de prières» présente trois types différents de prière chrétienne traditionnelle, qui constituent les premier, troisième et cinquième mouvements, méditatifs, de l’œuvre : des prières – sans paroles – respectivement d’intercession, de contemplation et de lamentation. Ces pièces puisent leur inspiration non seulement dans les mots et les sentiments traditionnels propres à la prière sacrée et au réconfort, mais aussi dans des prières profanes, comme celles de la poétesse britannique contemporaine Carol Ann Duffy et du dessinateur et écrivain australien Michael Leunig.

Entre ces sections plus lentes s’intercalent deux mouvements de scherzo plus rapides qui explorent d’autres rituels de prière ou d’adoration. Le deuxième mouvement, «Parler en langues», s’intéresse à la pratique pentecôtiste de la glossolalie, dans laquelle les gens prononcent des mots ou des phrases ressemblant à des mots, souvent très rapidement et soi-disant dans des langues inconnues de celui qui parle. Cette musique très rythmée culmine dans un montage rapide de styles de composition, de signatures et de citations brèves, alors que je m’efforce de parler dans «des langues de quatuor à cordes autres que la mienne».

Le quatrième mouvement revisite un chant gospel du XIXe siècle, Just a Closer Walk with Thee, avec des harmonies cristallines, comme à travers un kaléidoscope. À la fin du XIXe siècle, à La Nouvelle-Orléans, ce chant très polyvalent était connu pour être utilisé aussi bien comme chant funèbre que comme air de danse.

– Brett Dean, août 2025

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