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Notes de programme

Patricia Petibon

ven. 22 mai 2026

Programme détaillé

 
Francis Poulenc (1899-1963)
Sinfonietta

I. Allegro con fuoco
II. Molto vivace
III. Andante cantabile
IV. Final : Très vite et très gai

[25 min]

--- Entracte ---

La Voix humaine

Tragédie lyrique en un acte
Livret de Jean Cocteau

[45 min]

Distribution

Orchestre de l’Opéra de Lyon
Marc Leroy-Calatayud 
direction
Patricia Petibon soprano

Introduction

«Un acte, une chambre, un personnage, l’amour, et l’accessoire banal des pièces modernes, le téléphone.» C’est ainsi que Cocteau présente sa pièce La Voix humaine, mise en musique par Poulenc en 1959. Une femme seule, mais un autre omniprésent, son amant, au bout du fil. Cette amoureuse invective, supplie, essaie de reconquérir celui qu’elle aime encore mais qui est en train de la quitter, au cours d’un dialogue dont nous devons imaginer une moitié et que la technique défaillante interrompt sans cesse. Tous les états de l’amour défilent, des souvenirs heureux au chantage au suicide, jusqu’à ce qu’une dernière coupure sanctionne l’inévitable rupture. Cette partition adaptée d’une pièce de Jean Cocteau est l’un des chevaux de bataille de la soprano Patricia Petibon, actrice magnétique qui s’y livre corps et âme. Avant d’autopsier cette relation amoureuse en décomposition, l’Orchestre de l’Opéra de Lyon et le jeune chef suisse Marc Leroy-Calatayud montrent le visage le plus souriant de Poulenc avec sa Sinfonietta (1948), où le compositeur revisite les formes anciennes avec sa tendresse et sa gouaille et dessine un argument secret par un jeu de citations musicales d’autres compositeurs et de lui-même.

Texte : Auditorium-Orchestre national de Lyon

Poulenc, Sinfonietta

Composition : achevée le 8 septembre 1948.
Création : Londres, 24 octobre 1948, par l’Orchestre symphonique de la BBC.
Commande : de la BBC.
    
Poulenc recycle dans sa Sinfonietta des motifs tirés d’un quatuor à cordes qu’il a détruit, insatisfait du résultat. Il s’agit de réaliser une prise de possession d’un grand genre savant mais sans en avoir l’air, en minimisant l’enjeu par un titre modeste. Cette «petite symphonie» dure en fait vingt-cinq minutes et présente les quatre mouvements attendus d’une symphonie destinée à un orchestre classique, avec les bois par deux, enrichis de deux trompettes et d’une harpe : Allegro con fuoco, Molto vivace (faisant office de scherzo), Andante cantabile, Final. 

Sans programme affiché, sans recours à un texte, Poulenc veut bâtir de grandes formes de «musique pure». Mais, fidèle à son habitude, il compose sa nouvelle partition en puisant des idées dans plusieurs de ses œuvres antérieures, créant ainsi une intertextualité personnelle. De surcroît, aux rappels d’autres œuvres se superpose un réseau interne de citations : quatre éléments thématiques circulent à travers les mouvements. S’il est habituel d’entendre dans ses partitions des retours ponctuels, ici le procédé est plus travaillé et se rapproche de la forme cyclique de César Franck. Enfin, Poulenc joue avec un troisième réseau, celui des réminiscences de musiques d’autres auteurs, réalisées probablement inconsciemment dans nombre de cas. La plus marquante ici est celle de la Symphonie en ut de Bizet. Même quand elle prétend ne rien dire, la musique de Poulenc est un jeu sur la mémoire, constamment animée par des rappels et une dramaturgie secrète qu’il révèle parfois à demi-mots dans sa correspondance. La Sinfonietta est un théâtre intime sans teneur explicite, où les habitués de Poulenc reconnaîtront des couleurs des Biches, les thèmes d’un Nocturne, du concerto chorégraphique Aubade, du Sextuor, de sa cantate pour chœur Figure humaine, etc. 

«Un kaléidoscope d’impressions et d’affects»

S’il recherche une clarté classique, Poulenc rejette en revanche le principe du développement thématique. Fidèle à sa façon très personnelle, il compose par collages, juxtapositions, réitération, sautes d’humeurs, couleurs harmoniques, créant un kaléidoscope d’impressions et d’affects qu’il agence avec un art étonnant d’équilibre du disparate. Le troisième mouvement est le plus radical dans le rejet de toute pensée développante. La forme est générée par la mélodie et un classicisme moderne : enchaînement d’idées, souvent répétées, structures symétriques renvoyant au phrasé du XVIIIe siècle, clarté harmonique contrastant avec la mobilité et les dissonances des deux premiers mouvements.

Le dernier mouvement est un rondo très libre, au caractère populaire et dansant entrecoupé de bouffées mélancoliques ou pathétiques. La Sinfonietta dans son ensemble sonne comme une musique de ballet qui suivrait un argument, des changements de postures, des volte-face. Les dernières pages résument cette disposition d’esprit, qui est pour Poulenc l’expression de sa nature profonde, angoissée et virevoltante, sérieuse et légère, attirée par un absolu et volontiers gouailleuse : après un motif ample, pompeux, joué «Plus lent», à la sonorité quasi moussorgskienne, vient une idée éthérée, dans un suraigu suspendu, puis, sans transition, l’un des premiers motifs de la symphonie, comme un pied-de-nez final.

– Hervé Lacombe

Poulenc, La Voix humaine

Livret : Jean Cocteau.
Composition : 1958.
Création : Paris, Opéra-Comique, 6 février 1959, par Denise Duval.
Dédicace : à Daisy et Hervé Dugardin.

«Par un curieux mystère, expliquera Poulenc, ce n’est qu’au bout de quarante ans d’amitié que j’ai collaboré avec Cocteau. Je pense qu’il me fallait beaucoup d’expérience pour respecter la parfaite construction de La Voix humaine qui doit être, musicalement, le contraire d’une improvisation.» Dépressif, malheureux dans sa relation amoureuse, le compositeur trouve par l’intermédiaire du texte de Cocteau, dont il a vu la création par Berthe Bovy à la Comédie-Française en 1930, un miroir et le moyen d’exprimer un mal-être dont il est l’acteur principal. Dans une lettre de mars 1958, Poulenc s’étonne lui-même d’avoir placé au centre de son dispositif esthétique l’expression de sa propre sensibilité : «Que je sois devenu un auteur romantique c’est insensé. Tout ce que Jean [Cocteau] avait fait par métier et intelligence je l’ai fait avec mes tripes et je crois que cela ajoute beaucoup.» Il définira finalement son projet comme «une confession musicale».

«Le chef-d’œuvre de Poulenc»

Il compose son ouvrage pour et avec son amie et muse Denise Duval, créatrice de Thérèse dans Les Mamelles de Tirésias et de Blanche dans les Dialogues des carmélites. Il pratique des coupures qui allègent le texte, limitent les ressassements, dégagent une ligne plus nette dans la dramaturgie, recentrent l’œuvre sur son personnage unique et sa solitude. Le sujet : une femme attend l’appel de son amant qui va la quitter définitivement pour rejoindre une autre. Le temps s’étire ou se contracte au rythme de l’appareil téléphonique, des souvenirs, des petits faits banals, des mensonges et de la vérité qui finit par éclater : la coupure finale est le signe de la rupture consommée. «Il se pourrait bien, écrit Antoine Goléa dans Musica, que ce fût là le chef-d’œuvre de Poulenc, et le plus émouvant spectacle lyrique de Paris de ces dernières années.» 

La femme, saisie sur le vif dans sa chambre devenue une prison, est présentée sans atours, enfermée dans son malheur et sans transcendance à laquelle se raccrocher ou par laquelle s’évader. C’est au fond, déjà, la mise en scène de l’un des maux majeurs du monde contemporain : la solitude des êtres se creuse, malgré une connexion virtuelle aux autres. L’ici de la chambre est illusoirement associé à un ailleurs auquel renvoie le téléphone ; l’unique personnage présent de La Voix humaine se bat avec un absent auquel il est relié par un téléphone – invention dramaturgique extraordinaire de Cocteau ! qui permet de réinventer le monologue des grandes tragédies en l’animant d’un faux dialogue (des silences, puis les réactions de la femme laissent entendre au spectateur que le personnage à qui elle s’adresse lui répond). La sonnerie du téléphone est une promesse, un espoir, un monde possible qui s’ouvre à l’imagination enfiévrée de la femme abandonnée ; la coupure téléphonique est un retour du refoulé et comme une mise à mort. Le monde virtuel, la fausse présence de l’être «au bout du fil», ne peuvent empêcher la réalité d’advenir. Elle est seule.

«Mon cher Francis, aurait reconnu Cocteau, tu as fixé, une fois pour toutes, la façon de dire mon texte.» Le syllabisme est de rigueur et seuls quelques emportements lyriques viennent distendre la prosodie sur une syllabe étirée. Au moment du débordement de la passion ou de la douleur, la langue est déformée, comme dans «je devenais folle !». La situation qui se rejoue, comme la nature singulière du texte, hésitant et percutant, évasif et obsessionnel, génèrent tout un travail sur les répétitions. «Il y a des mesures, écrit Poulenc, qui se répètent 4 fois (on reprochait à Pelléas [et Mélisande, l’opéra de Debussy, n.d.r.] ses “doubles”) […]. Mais, c’est le style de l’œuvre

La Voix humaine est construite en une suite de «phases» : phase du souvenir, phase du mensonge, phase du chien (parfois coupée), phase du suicide, etc. Le problème majeur de cette mise en musique a été de surmonter le morcellement d’une œuvre faite de petits segments musicaux, mais aussi de canaliser le lyrisme et de passer imperceptiblement d’une sorte de récitatif assez sec à des phrases plus structurées relevant de l’air d’opéra. L’unité est créée par le lyrisme vocal partout sous-jacent, par un climat de tension et d’angoisse et par une couleur harmonique et orchestrale qui enveloppe toute la scène. Enfin, dès les premières secondes, des motifs sont énoncés, puis repris, étendus, variés et innervent toute la partition.

– H. L.

L’Orchestre de l’Opéra de Lyon

Violons I
Nicolas Gourbeix 
Laurence Ketels
Julia Bitar
Anne Vaysse
Earlene Massonneau
Lia Snitkovski
Maria Nagao
Haruyo Nagao
Raphaëlle Leclerc
Anne Chouvel

Violons 2
Karol Miczka
Camille Béreau
Alexis Rousseau
Frédérique Lonca
Raphaëlle Rubio
Joschka Flechet-Lessin
Fabien Brunon
Blanche Désile

Altos 
Jean-Baptiste Magnon 
Nicolas Loubaton
Gabriel Defever
Madeleine Rey
Tess Joly
Jacques Perez 
Paula Giodanengo

Violoncelles
Ewa Miecznikowska
Marie Girbal
Alice Bougouin
Ludovic Le Touzé   
Jean-Marc Weibel 
Louis Damien Kapfer

Contrebasses
Cédric Carlier 
Guillemette Tual
François Montmayeur
Ferréol Molle

Flûtes
Julien Beaudiment   
Gilles Cottin

Hautbois
Matteo Trentin
Alice Barat

Clarinettes
Angel Martin Mora
Simon Lopez
Sergio Menozzi

Bassons 
Elfie Bonnardel
NN

Cors
Jean-Philippe Cochenet
Valentin Chpelitch
Nicolas Gateau

Trompettes
Marc Calentier
Gilles Peseyre

Trombone
Alexis Lahens

Tuba 
Frédérick Horgue

Timbales
Corentin Aubry

Percussion
Sylvain Bertrand

Harpe
Johanna Ohlmann

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