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Notes de programme

Mahler 4

Gustav Mahler (1860-1911)
Symphonie n° 4, en sol majeur, pour soprano et orchestre

I. Bedächtig. Nicht eilen [Circonspect. Sans presser]
II. In gemächlicher Bewegung. Ohne Hast [Dans un mouvement modéré. Sans hâte]
III. Ruhevoll [Tranquille]
IV. Sehr behaglich [Très à l’aise] : Das himmlische Leben [La Vie céleste]
[54 min]

Orchestre national de Lyon
Nikolaj Szeps-Znaider, direction
Christiane Karg, soprano

Introduction

À l’origine, l’Orchestre national de Lyon et son directeur musical Nikolaj Szeps-Znaider voulaient commencer la nouvelle année avec la Troisième Symphonie de Gustav Mahler : une œuvre aux proportions monumentales, représentant une progression des objets inanimés à l’amour divin. Mais avec son énorme effectif orchestral, ses deux chœurs et son alto solo, et vu de la distance requise entre les musiciens et les chanteurs, cette symphonie s’est révélée trop vaste dans le contexte du Covid-19. Nous sommes heureux de vous proposer à la place la Quatrième Symphonie du même Mahler, une œuvre aux dimensions un peu plus modestes.

Dans cette symphonie, Mahler redevient un enfant et regarde le monde sous cet angle. La musique simple, délicate et parfois fragile parle d’innocence, de curiosité et d’émerveillement, mais aussi de la peur de dangers inconnus. La symphonie se termine par une vision du paradis aussi idyllique que dans un livre d’images : un endroit sûr où le corps et l’âme sont bien soignés.

En ces temps d’incertitude et d’anxiété, beaucoup de gens ressentent le besoin de réfléchir à notre monde qui a si rapidement changé. Où en sommes-nous ? Où allons-nous ? La musique de Mahler offre un aperçu d’un monde nouveau. Un monde dans lequel nous pouvons redevenir des enfants ; un monde d’innocence, de paix et de beauté, dans lequel nous vous invitons à nous rejoindre.

Ronald Vermeulen
Délégué artistique

L’œuvre

Composition : 1892 (version initiale du 4e mouvement) et 1899-1900 (achevé le 6 août 1900).
Création : Munich, 25 novembre 1901, par l’Orchestre Kaim, avec Margarete Michalek (soprano), sous la direction de Gustav Mahler.

Il est rare de se trouver face à une création portant en soi des fragments esthétiques de l’œuvre entière d’un artiste. La Quatrième Symphonie de Gustav Mahler est pourtant de cet ordre, puisqu’elle fournit une sorte de synthèse des différents styles mahlériens. Et pourtant, elle se révèle être dans le même temps l’une des œuvres les plus accessibles du compositeur autrichien, d’une facilité d’écoute déroutante, relativement aux œuvres antérieures. C’est bien là ce qui surprit le public munichois lors de la création, le 25 novembre 1901. L’incompréhension dicta à la presse d’acerbes critiques, lorsque l’œuvre fut jouée pour la première fois et reprise les mois qui suivirent dans une dizaine de localités allemandes et enfin à Berlin sous la baguette de Felix Weingartner. Comparée aux premières symphonies à l’architecture colossale et au style grandiose, la Quatrième a pu passer pour mièvre, ou tout du moins d’un esprit assez naïf. Elle est plus courte, d’une orchestration épurée ­– trombones et tuba ont été écartés ; de surcroît, le sujet en est manichéen, fondé sur la dualité fondamentale du couple vie/mort, déclinée dans une opposition entre la terre et le ciel.

Mahler a en effet choisi de construire sa symphonie à partir du poème populaire Das himmlische Leben [La Vie céleste], extrait du recueil Des Knaben Wunderhorn [Le Cor merveilleux de l’enfant], poème à partir duquel il avait composé en 1892 un lied qui figurait dans son petit recueil d’Humoresken. Ce lied sera orchestré pour servir de finale à l’œuvre. Le texte met en scène les saints dans un paradis terrestre. Ce dernier apparaît dans sa conception moyenâgeuse, celle d’un jardin d’abondance, où abondent fruits et légumes, gibiers et poissons et où règnent la musique et la danse, tout ceci sous le regard divin. La Quatrième Symphonie se distingue encore des précédentes puisque Mahler, pourtant volubile et loquace lorsqu’il s’agit d’expliquer le sens de ses œuvres symphoniques, ne charge la partition d’aucun paratexte, ne l’accompagne d’aucun programme et livre relativement peu de commentaires dans ses écrits.

L’œuvre prône une évidente innocence, une sorte d’état enfantin, tel qu’il s’affirme dans le premier mouvement. La référence au caractère viennois s’y impose comme un manifeste, ce pourquoi Henry-Louis de La Grange qualifiera la Quatrième de la plus viennoise des symphonies. Le second mouvement prend des allures de danse macabre, de marche lancinante désarticulée. Le violon solo est à cet effet désaccordé, chaque corde étant accordée un ton au-dessus de sa hauteur habituelle, ce qui entraîne, grâce au jeu des harmoniques, une sonorité étrange, presque ironique. Le troisième mouvement, par son ampleur à laquelle participe la profondeur des cordes et par l’aboutissement de son écriture, est l’un des sommets de l’œuvre de Mahler : véritable résurrection – marquée à sa fin par un triple forte martelé par les timbales avant que ne se tuilent des accords angéliques –, il préfigure la vision céleste du dernier mouvement. Dernier mouvement dans lequel c’est le chant qui offre la rédemption, dans le lied confié à une voix de soprano chargée d’enfance et d’angélisme.

Bénédicte Hertz

Texte chanté allemand

Gesangstext im 4. Satz
Das himmlische Leben

Aus »Des Knaben Wunderhorn«

Wir genießen die himmlischen Freuden,
D’rum tun wir das Irdische meiden.
Kein weltlich’ Getümmel
Hört man nicht im Himmel!
Lebt alles in sanftester Ruh’.
Wir führen ein englisches Leben,
Sind dennoch ganz lustig daneben;
Wir tanzen und springen,
Wir hüpfen und singen.
Sanct Peter im Himmel sieht zu.

Johannes das Lämmlein auslasset,
Der Metzger Herodes d’rauf passet.
Wir führen ein geduldig’s,
Unschuldig’s, geduldig’s,
Ein liebliches Lämmlein zu Tod.
Sanct Lucas den Ochsen tät schlachten
Ohn’ einig’s Bedenken und Achten.
Der Wein kost’ kein Heller
Im himmlischen Keller;
Die Englein, die backen das Brot.

Gut’ Kräuter von allerhand Arten,
Die wachsen im himmlischen Garten,
Gut’ Spargel, Fisolen
Und was wir nur wollen.
Ganze Schüsseln voll sind uns bereit!
Gut’ Apfel, gut’ Birn’ und gut’ Trauben
Die Gärtner, die alles erlauben.
Willst Rehbock, willst Hasen,
Auf offener Straßen
Sie laufen herbei!
Sollt’ ein Fasttag etwa kommen,
Alle Fische gleich mit Freuden angeschwommen!
Dort läuft schon Sanct Peter
Mit Netz und mit Köder
Zum himmlischen Weiher hinein.
Sanct Martha die Köchin muß sein.

Kein’ Musik ist ja nicht auf Erden,
Die unsrer verglichen kann werden.
Elftausend Jungfrauen
Zu tanzen sich trauen.
Sanct Ursula selbst dazu lacht.
Cäcilia mit ihren Verwandten
Sind treffliche Hofmusikanten!
Die englischen Stimmen
Ermuntern die Sinnen,
Daß alles für Freuden erwacht.

Texte chanté français

Symphonie n° 4

Texte chanté dans le 4e mouvement
La Vie céleste,
extrait du Cor merveilleux de l’enfant

Nous jouissons des joies célestes
Et c’est pourquoi nous fuyons ce qui est d’ici-bas,
On n’entend pas dans le ciel
Le tumulte de ce monde !
Tout vit dans la plus douce paix ;
Nous menons une vie angélique
Et sommes pourtant remplis de joie ;
Nous dansons et bondissons,
Sautillons et chantons,
Saint Pierre dans le ciel nous observe.

Saint Jean fait sortir l’agnelet,
Hérode le boucher le guette.
Nous menons un patient,
Innocent et patient,
Un aimable agnelet à la mort.
Saint Luc abat le bœuf
Sans hésiter une seconde.
Le vin ne coûte rien
Dans les caves célestes ;
Ce sont les anges qui font le pain.

De bonnes herbes de toutes espèces
Poussent dans le jardin céleste,
La bonne asperge, la fève
Et tout ce que nous voulons.
Nous avons tout à profusion !
Bonnes pommes, délicieuses poires et superbes grappes,
Les jardiniers permettent tout­.
Veux-tu du chevreuil, veux-tu du lièvre ?
Dans la rue
Ils accourent !
Y a-t-il un jour de jeûne,
Tous les poissons arrivent joyeusement à la nage !
Saint Pierre se rend déjà
Avec un filet et des appâts
À l’étang céleste­.
Sainte Marthe fait office de cuisinière.

Aucune musique ici-bas
Ne saurait égaler la nôtre.
Onze mille vierges
Se risquent à danser,
Sainte Ursule elle-même rit à ce spectacle,
Cécile et ses proches
Sont d’excellents musiciens,
Les voix angéliques
Réchauffent les cœurs
Et tout s’éveille à la joie !

Traduction ONL

Pour aller plus loin

La musique de Mahler n’a cessé d’irriguer l’imaginaire collectif, y compris au cinéma, à travers Visconti bien sûr mais aussi Woody Allen ou les frères Coen. 
Volontiers joyeuse, humoristique et inventive, sa musique croise tous les styles en exigeant souplesse et sophistication. Chansons populaires, scherzos taquins ou grands adagios méditatifs, entrons au cœur des symphonies de Mahler à travers leurs différents motifs, pour saluer ce sommet symphonique qui viendra couronner le travail de l’ONL avec son nouveau directeur musical, Nikolaj Szeps-Znaider.

Jennifer Gilbert, violon solo supersoliste de l’Orchestre national de Lyon, nous en révèle les secrets dans Les Trésors cachés de l’ONL, une émission animée par Luc Hernandez sur RCF Lyon.

Notre partenaire

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PODCAST C’EST DANS LA POCHE ! 

Si la musique grince parfois, elle est vite emportée par une joie naïve et pure qui, dans la période troublée qui est la nôtre, se révèle immensément précieuse.
Clément Rochefort (France Musique) nous invite à plonger dans cet univers de grâce et de paix.