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Notes de programme

Mozart / Kraus

Mer. 14 jan. 2026

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Programme détaillé

Joseph Martin Kraus (1756-1792)
Symphonie en ré majeur, VB 143

I. Allegro 
II. Andante un poco largo
III. Finale : Allegro

[18 min]

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Concerto pour violon n° 1, en si bémol majeur, KV 207

I. Allegro moderato
II. Adagio
III. Presto

[22 min]

 

--- Entracte ---

Wolfgang Amadeus Mozart
Symphonie n° 29, en la majeur, KV 201

I. Allegro moderato
II. Andante
III. Menuetto – Trio – Menuetto da capo
IV. Allegro con spirito

[30 min]

Distribution

Orchestre national de Lyon
Giovanni Radivo violon et direction

Introduction

Comptant parmi les dernières symphonies composées par Mozart à Salzbourg, en 1774, la Vingt-neuvième Symphonie mêle la simplicité du style galant à une tension dramatique nouvelle. Quant au Premier Concerto pour violon, qui remonte lui aussi aux années où le jeune Mozart était Konzertmeister (violon solo qui menait l’orchestre, comme le fait dans ce concert Giovanni Radivo) à la cour empesée de prince-archevêque de Salzbourg, Hieronymus von Colloredo, il fait preuve de la légèreté de la jeunesse, d’une gaîté qui sert de fil conducteur à tout le concert. Giovanni Radivo et ses collègues de l’Orchestre national de Lyon nous font également découvrir Joseph Martin Kraus, musicien allemand installé en Suède et contemporain exact de Mozart, qu’il n’a semble-t-il jamais rencontré. Il était en revanche lié par une admiration réciproque avec Joseph Haydn, et c’est peut-être pour le «Père de la symphonie» qu’il a écrit sa Symphonie en ut majeur, qui a été publiée en France sous le nom de son aîné. Cette attribution trompeuse confirme la haute volée de sa musique, à laquelle la Symphonie en ré majeur jouée aujourd’hui ne déroge pas.

Texte : Auditorium-Orchestre national de Lyon

Kraus, Symphonie en ré majeur

Composition : 1782-1783.

Le compositeur allemand Joseph Martin Kraus est un contemporain exact de Mozart, né la même année, et mort prématurément de la tuberculose, une année après lui. Il est vite remarqué pour ses dons d’enfant prodige, et entre au collège jésuite de Mannheim (ville qui était un foyer de la symphonie naissante). Tout en poursuivant des études de droit, il se forme ensuite à la composition auprès de plusieurs maîtres de valeur, et s’essaye également à la littérature. En 1778, il émigre en Suède, recherchant des opportunités de carrière en tant que compositeur d’opéra, et parvient à se faire remarquer par le souverain Gustave III. En 1782, le roi l’envoie à travers l’Europe, pour étudier l’organisation des théâtres d’opéra. Kraus parcourt l’Allemagne et se rend à Vienne où il rencontre son idole, Gluck, ainsi que Joseph Haydn, auquel il rend visite à Eszterháza. Il dédie à celui-ci sa Symphonie en ut mineur (l’une des quinze qu’il a composées). En revanche il n’y a aucun témoignage d’une quelconque rencontre avec Mozart. Kraus continue ensuite son voyage vers l’Italie, puis s’installe en 1784 à Paris, où ses symphonies sont jouées au Concert spirituel (l’une d’elle est même publiée sous le nom de Joseph Haydn par un éditeur peu scrupuleux !). Après un séjour à Londres, il retourne en Suède, au terme de quatre années de voyage, restant très actif en tant que compositeur, chef d’orchestre, organiste et professeur à l’Académie. 

En 1801, Haydn déplorait la disparition de ce météore : «Kraus est le premier homme de génie que j’aie rencontré. Pourquoi devait-il mourir ? C’est une perte irremplaçable pour l’art. La Sinfonia en ut mineur qu’il a écrite pour moi à Vienne sera considérée comme un chef-d’œuvre par les siècles futurs et, croyez-moi, il y en a peu capables d’en écrire de tels
    
Sa production, qui couvre tous les genres vocaux et instrumentaux, est représentative de la période d’épanouissement du style classique, et se caractérise par un sens dramatique affirmé.

Dans la tonalité rayonnante de majeur, sa symphonie VB 143 fait preuve d’une solide construction formelle, d’une écriture parfois enrichie de contrepoint, de la maitrise des couleurs orchestrales (avec, dans le mouvement lent, un aspect concertant mettant en valeur la flûte solo), et d’une théâtralité contrastée, notamment dans le finale, marqué par l’impétuosité de l’esthétique «Sturm und Drang».

– Isabelle Rouard

Mozart, Concerto pour violon n° 1

Composition : Salzbourg, 14 avril 1775 (ou 1773 ?).

Mozart composa l’intégralité de ses concertos pour violon et orchestre au cours de l’année 1775 (certains musicologues proposent l’année 1773 pour le Premier Concerto). Il vivait alors dans sa ville natale de Salzbourg, après une enfance et une adolescence marquées par de grands voyages dans toute l’Europe, à l’occasion desquels il avait pu faire admirer son talent d’une précocité extraordinaire et surtout acquérir de multiples expériences musicales. Le jeune homme de 19 ans occupait désormais le poste de Konzertmeister (premier violon) dans l’orchestre du prince-archevêque et commençait à se morfondre, espérant des perspectives de carrière plus florissantes que cet emploi subalterne dans une cour à l’atmosphère compassée. Les devoirs de sa charge lui laissaient heureusement le temps de composer pour son propre compte ou d’honorer des commandes privées. Il est probable qu’il a écrit ces concertos à son propre usage, et ils ont pu être joués également par quelques bons violonistes résidant à Salzbourg.

Lorsqu’il était enfant, c’est avant tout au clavier que Mozart avait fait son apprentissage, mais il pratiquait aussi le violon que lui avait enseigné son père Leopold. Celui-ci était un remarquable pédagogue de l’instrument à archet, ayant fait paraître, l’année de la naissance de Wolfgang, une célèbre Méthode raisonnée pour apprendre à jouer du violon qui faisait autorité. Plus tard, ayant quitté Salzbourg, Mozart cessera de se produire comme violoniste et ne composera plus aucun concerto pour cet instrument, préférant se faire apprécier à Vienne comme virtuose du pianoforte. Il se contentera de tenir parfois la partie d’alto dans des séances privées de musique de chambre et composera en outre une floraison de magnifiques sonates pour piano et violon. 

Ce Premier Concerto est un modèle d’élégance et de fluidité, sans grande profondeur expressive sauf peut-être dans le chaleureux Adagio central. Les cors dans l’aigu lui donnent une couleur pimpante particulière. Mozart illustre ici le style galant, gracieux et chantant, avec l’abondance d’idées mélodiques qui est sa marque propre, et qui provient sans doute de l’univers de l’opéra dans lequel évoluait le jeune homme avec aisance depuis ses 12 ans. Il vient de présenter à Munich au début de 1775 La finta giardiniera, opera buffa d’une grande fraîcheur et d’une réelle expressivité de sentiments. De nombreux détails d’écriture semblent provenir en droite ligne de cet univers : le violon soliste évolue entre vocalité mélodique et virtuosité déliée, à la manière d’une prima donna. Les motifs initiaux à l’orchestre, pleins de vivacité et d’énergie, semblent issus d’une scène théâtrale brillante et pleine de vie. Chaque mouvement présente un point d’orgue où le soliste peut à sa guise réinterpréter le matériau thématique mozartien selon sa fantaisie et sa virtuosité, avec la liberté d’une improvisation, Mozart n’ayant laissé aucune cadence écrite.
 

Mozart, Symphonie n° 29

Composition : Salzbourg, début 1774.

En 1773-1774, Mozart qui va avoir 18 ans compose une série de symphonies où émerge peu à peu son style personnel, avant les grandes symphonies viennoises de la maturité (nos 35 à 41). Il vient de faire un séjour à Vienne, de juillet à octobre 1773, et il a été curieux des nouveautés musicales de la capitale : les derniers quatuors de Haydn, les symphonies de l’école viennoise… À Salzbourg, où il reprend le joug de son poste de Konzertmeister, on n’apprécie que le style galant ou des œuvres religieuses d’esthétique plutôt conservatrice. C’est donc essentiellement pour lui-même qu’il se consacre assidument à la composition de symphonies, conquérant son originalité propre, à tel point que son père souhaitait que ces œuvres ne soient pas divulguées ! 

La symphonie est alors le «grand genre» instrumental, celui où tout compositeur doit savoir construire une forme solide, inventer des thèmes séduisants, manier des couleurs orchestrales variées. Dans la Symphonie n° 29, l’orchestre symphonique est réduit à sa plus simple expression (2 hautbois et 2 cors, en plus des cordes). Pourtant, Mozart parvient à opposer ou combiner les masses sonores dans un dialogue des plus attrayants (notamment dans le menuet). 

Dans tous les mouvements sauf le menuet, il utilise une forme sonate développée, la forme classique par excellence, qui permet de créer une structure clairement articulée s’appuyant sur les relations hiérarchisées du langage tonal, dans l’esprit rationnel des Lumières. Mais Mozart n’en reste pas là : sa musique respire une énergie et une grâce juvénile qui n’appartiennent qu’à lui. Son sens mélodique s’épanouit dans le mouvement lent, délicatement ouvragé, joué par les cordes avec sourdines (sauf à la fin où les vents réveillent l’auditeur d’un éventuel assoupissement, pour une coda forte inattendue !). Le finale présente en son développement central une succession de modulations dans les tons mineurs particulièrement dramatique, à laquelle la réexposition brillante apporte une résolution attendue.

– Isabelle Rouard

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