The organ
Notes de programme
Lun. 2 fév. 2026
◁ Retour au concert du lun. 2 fév. 2026
[7 min]
– Introduction
– Danse glissée des jeunes filles (Пляска девушек плавная) : Andantino
– Danse sauvage des hommes (Пляска мужчин дикая) : Allegro vivo
[6 min]
Andante maestoso – Allegro energico – Meno mosso – Tempo I° – Meno mosso – Tempo I° – Cadence et Coda
[16 min]
[5 min]
Arrangement de Grégoire Rolland
[8 min]
--- Entracte ---
Extraite de la Suite del Ángel
[6 min]
Arrangement de Jérôme Ducros et Domi Emorine
Extraits :
– Yo soy María
– Balada para un organito loco
– Fuga y Misterio
[6 min]
D’après deux chansons d’Édith Piaf
[4 min]
I. Nuit blanche
II. La Sorcière
III. Papillon noir
[6 min]
I. Taraf
II. À l’encre rouge
III. Azul Tango
[10 min]
[4 min]
Lucienne Renaudin Vary trompette
Félicien Brut accordéon
Grégoire Rolland orgue
Dans le cadre d’Unanimes ! Avec les compositrices. Attentif depuis plusieurs années à la place des femmes dans sa programmation, l’Auditorium-Orchestre national de Lyon participe à cette initiative de l’Association française des orchestres (AFO) dédiée à la promotion des compositrices et de leur répertoire.
Lucienne Renaudin Vary et Félicien Brut forment l’un des duos les plus originaux et inventifs du momen, et chacun de ces artistes a eu l’occasion de monter des projets avec Grégoire Rolland, compositeur en résidence de l’Auditorium-Orchestre national de Lyon. L’idée de réunir les trois artistes s’est vite imposée, pour un programme mi-slave mi-argentin pétillant et virtuose, dont la danse est le fil rouge. Sauvage dans les Danses polovtsiennes tirées de l’opéra de Borodine Le Prince Igor (1887), syncopée et changeante dans la Fantaisie slave de Carl Höhne (1899), entêtante dans le Concerto pour trompette d’Aroutiounian (1950) aux accents arméniens, nostalgique avec Dvořák, la danse se fait sensuelle avec une seconde partie dédiée au tango. Dans les Luminous Bells [Cloches lumineuses] de Grégoire Rolland (2014), ce sont des éclats de lumière qui dansent pour un moment de poésie suspendu.
L’âme slave est à l’honneur en première partie, avec ses rythmes syncopés issus du folklore et son intensité émotionnelle tour à tour sombre et chaleureuse. Les premières mesures de la Slavische Fantasie [Fantaisie slave] du compositeur allemand Carl Höhne, dont l’œuvre s’inscrit dans le romantisme tardif, ne laissent place à aucun doute. L’introduction jouée par le piano, sombre et solennelle, évoque explicitement l’univers moussorgskien, avant que l’entrée de la trompette, à travers une écriture mélismatique, ornée et virtuose, n’affirme encore plus clairement le style de cette pièce de caractère. Accompagné d’arpèges, un thème mélodique fait bientôt son apparition, d’une sincérité déchirante. Différents passages font alors alterner lignes de chant nostalgiques et motifs allègres, soulignés par des rythmes syncopés caractéristiques des danses d’Europe de l’Est. Ceux-ci évoquent la célèbre Csárdás de Monti, mais cette Fantaisie slave, composée en 1899, lui est antérieure de quinze années. Écrite pour le virtuose du cornet Franz Werner, elle reste la seule pièce connue de Carl Höhne.
Trente ans plus tôt, Alexandre Borodine s’attelait à la composition d’une œuvre appelée à faire sa renommée : l’opéra Le Prince Igor. Très pris par son activité principale de médecin et chimiste, le compositeur poursuit ce travail titanesque pendant plus d’une décennie. À sa mort en 1887, il laisse la partition inachevée. Rimski-Korsakov et Glazounov se chargent alors de la terminer et l’opéra est créé en 1890. Les Danses polovtsiennes, composées pour le second acte, sont de la main de Borodine. À leur écoute, se déroulent sous nos yeux toute une série de paysages et de scènes suggestifs, qui pourraient être issus des grands poèmes de Pouchkine ou des fresques de Tolstoï. On est frappé par la ferveur des mélodies russes accompagnant successivement les jeunes filles et les garçons.
Nous changeons de siècle avec le Concerto pour trompette d’Alexandre Aroutiounian (1950), compositeur arménien notamment admiré par son ainé Aram Khatchatourian. Né à Erevan et formé au conservatoire local, il est nommé en 1954 directeur artistique de l’Orchestre philharmonique d’Arménie, poste qu’il occupe jusqu’en 1990. Sa musique est connue pour son style imprégné de folklore arménien, à travers ses rythmes vifs et son inspiration mélodique évoquant les ashughner, ménéstrels-poètes du XVIIIe siècle. Ce concerto est la sixième «grande» composition d’Aroutiounian. Devenu un standard mondial, il est souvent décrit comme un «showpiece virtuose» : énergique, lyrique et accessible, il met singulièrement en valeur les capacités techniques et expressives de la trompette.
Retour au XIXe siècle avec les Danses slaves du Tchèque Antonín Dvořák, connu pour s’être souvent inspiré des musiques folkloriques de son pays. L’écriture de ces danses lui a été inspirée par les Danses hongroises de Johannes Brahms, sur une suggestion de l’éditeur de ce dernier. La première série, composée par Dvořák en 1878 sur des rythmes de danses populaires telles que le furiant, la dumka ou la polka, a rencontré un tel succès qu’elle a été suivie par une deuxième série en 1886.
En faisant danser des éclats de lumière dans un moment de poésie suspendu, la création des Luminous Bells [Cloches lumineuses] de Grégoire Rolland annonce les partitions temporellement plus proches de nous qui composent le second volet de ce programme. À la fois éclectique mais d’une saisissante logique interne, celui-ci nous fait traverser l’Atlantique grâce à l’univers du tango. La danse la plus emblématique de l’Argentine ne renie pas une partie de son ascendance européenne puisque le bandonéon, intrinsèquement lié à la naissance du tango, est un instrument originaire d’Allemagne. Mais le tango trouve surtout son origine dans la milonga, dansée par les populations d’origine africaine présentes à Buenos Aires, décimées lors de la guerre d’indépendance du pays. Le tango se distingue par une forme de tension où s’affrontent deux volontés : celle du «guideur», viril, presque dominateur et celle du «guidé», qui s’abandonne et se refuse alternativement. Chaque tango raconte l’histoire d’une passion, souvent impossible ou tragique. La violence du climat instauré doit transparaître dans les postures des danseurs, qui conditionnent leurs pas et les figures exécutées. Leurs corps sont droits et rapprochés, mais ne restent en contact que par les mains et les joues qui reposent l’une contre l’autre. Les jambes se pénètrent mais ne se touchent pas, les pas se faisant pieds entre pieds.
Destinée à la pièce de théâtre Le Tango de l’Ange d’Alberto Rodríguez, la Suite del Ángel de Piazzolla accompagne l’histoire d’un ange qui apparaît aux habitants d’un immeuble de Buenos Aires pour purifier leurs âmes. La milonga, danse représentative d’un métissage propre à l’Argentine, trouve ses origines à la fois dans les communautés africaines et parmi les gauchos de la pampa. La Suite del Ángel s’inscrit dans le mouvement du tango nuevo incarné par Piazzolla, qui intègre au tango classique des éléments venus de la musique savante et du jazz, tout en explorant des structures formelles plus libres. Une autre partition du compositeur emblématique de ce courant est María de Buenos Aires, créée en 1968 sur un livret du poète uruguayen Horacio Ferrer. Présentée comme une operita (petit opéra), l’œuvre mêle tango, musique contemporaine, poésie surréaliste et théâtre narratif. Elle est aujourd’hui considérée comme une œuvre majeure de la culture contemporaine argentine.
Une parenthèse française s’ouvre dans cette évocation du tango, avec le célèbre Hymne en rose, ici arrangé par Domi Emorine. Sur une musique originale de Marguerite Monnot, cette célébration de l’amour a été créée par Édith Piaf suite à la mort tragique de son amant, le boxeur Marcel Cerdan, dans un accident d’avion en 1949. La valse musette Les Trois Temps de Jo y apporte un contraste saisissant, revisitée par le maître incontesté de ce genre propre aux bals parisiens, le célèbre accordéoniste français Jo Privat. Ce dernier met ici en valeur sa virtuosité technique et son style expressif, mêlant valse musette, java et tango.
Composées en 2005, les Trois Danses pour trompette, accordéon et orchestre* sont ici jouées dans un arrangement avec orgue de Grégoire Rolland. Contrastées, elles réunissent les influences que le compositeur sait puiser dans le classique, le jazz, le tango et les danses populaires européennes. «Taraf», du nom de l’ensemble de musiciens traditionnels des Balkans, nous emporte dans un tourbillon rythmique d’une exubérante virtuosité. «À l’encre rouge» est explicitement inspiré par les Gymnopédies de Satie et affirme un esprit très parisien. Enfin, «Azul Tango» [«Bleu tango»] sublime l’élan déchaîné de la danse argentine.
Là encore, un contraste poignant est au rendez avec le Tango pour Claude du même Richard Galliano. Le dédicataire de la partition est Claude Nougaro (1929-2004), le mythique chanteur français, qui était l’ami et le mentor de Galliano. Celui-ci lui offre en 1993 cette partition poignante, qui capture l’essence du tango nuevo, rythmé, mélancolique et plein de swing, tout en apportant une dimension personnelle et autobiographique. Dans les années 1970, à Paris, c’est Nougaro qui, ayant découvert le talent du jeune accordéoniste, l’a invité à l’accompagner sur scène et en studio, lançant ainsi une carrière prometteuse. L’émotion est à son comble – dans une de ses formes musicales les plus troublantes : celle de la danse qui, à l’aune de ce programme ensorcelant, sait traverser frontières et océans pour parler à tous d’une même voix.
– Olivier Lexa
* N.d.r. : Cette partition a été enregistrée en 2006 par l’Orchestre national de Lyon dirigé par Michel Plasson, avec en solistes Thierry Caens et Richard Galliano, dans le disque 3ème Souffle (Etcetera).
Commande : Association du grand orgue de la cathédrale de Bourges.
Création : Bourges, cathédrale Saint-Étienne, 24/08/2014, par l’auteur.
Luminous Bells a pu naître grâce au soutien de l’association Les Amis du grand orgue de la cathédrale de Bourges. Cette œuvre a été commandée par Olivier Salandini, titulaire de l’orgue de la cathédrale Saint-Étienne de Bourges.
Deux éléments propres à la cathédrale se reflètent dans cette œuvre. Le premier réside dans la luminosité qui se dégage des vitraux et des nombreuses ouvertures, les volumes semblables à ceux de Notre-Dame de Paris permettant de la définir comme une «Notre-Dame de Paris lumineuse». Le nombre de cloches et leurs différentes hauteurs de son est la deuxième caractéristique de cet édifice. Elles sont accordées, de la plus grave à la plus aiguë, sur mi, la, do, ré, fa, sol.
Ces deux idées m’ont donc guidé pour écrire la pièce. J’ai travaillé sur les spectres harmoniques que donnent les six cloches, tout en unifiant cela dans des sonorités claires, principalement aiguës, pour laisser l’auditeur imaginer une vision sonore de la lumière. La pièce débute par une progression sur les spectres de cloches, amenant à une partie extatique plus aiguë, constituée de phénomènes vibratoires. La fin rappelle, sous forme d’accords, les spectres de cloches. De longues notes tenues dans l’aigu se superposent à cela, comme un rayon de lumière qui se déploie dans l’infini.
– Grégoire Rolland
Les facteurs d’orgue :
Aristide Cavaillé-Coll (1878)
Victor Gonzalez (1939)
Georges Danion/S. A. Gonzalez (1977)
Michel Gaillard/Manufacture Aubertin (2013)
Console :
Christophe Cailleux/Organotech (2024)
Construit pour l’Exposition universelle de 1878 et la salle du Trocadéro, à Paris, cet instrument monumental (82 jeux et 6300 tuyaux) fut la «vitrine» du plus fameux facteur de son temps, Aristide Cavaillé-Coll. Les plus grands musiciennes et musiciens se sont bousculés à la console de cet orgue prestigieux, qui a révélé au public les Requiem de Maurice Duruflé et Gabriel Fauré, le Concerto pour orgue de Francis Poulenc et des pages maîtresses de César Franck, Charles-Marie Widor, Marcel Dupré, Olivier Messiaen, Jehan Alain, Kaija Saariaho, Édith Canat de Chizy, Thierry Escaich ou Philippe Hersant. Remonté en 1939 dans le nouveau palais de Chaillot par Victor Gonzalez, puis transféré en 1977 à l’Auditorium de Lyon par son successeur Georges Danion, cet orgue a bénéficié en 2013 d’une restauration par Michel Gaillard (manufacture Aubertin) qui lui a rendu sa splendeur. La variété de ses jeux lui permet aujourd’hui d’aborder tous les répertoires, de Bach ou Couperin aux grandes pages romantiques et contemporaines. C’est, hors Paris (Maison de la Radio et Philharmonie), le seul grand orgue de salle de concert en France. Depuis octobre 2024, il bénéficie d’une console neuve, réalisée par Christophe Cailleux/Organotech.
The organ
Ourania Gassiou
Sonata eroica
Jonathan Scott
L’orgue symphonique
Mozart Forever
Face-à-face
Grégoire Rolland / Cuivres de l’ONL