L’orgue
Notes de programme
Sam. 17 oct. 2026
◁ Retour au ciné-concert du sam. 17 oct. 2026
[It]
États-Unis, 1927, noir et blanc, format 1.33 [1h22]
Réalisation : Clarence G. Badger
Scénario : Hope Loring, Louis D. Lighton, d’après la nouvelle It d’Elinor Glyn
Photo : H. Kinley Martin
Montage : E. Lloyd Sheldon
Production : Paramount Famous Lasky Corp
Sortie aux États-Unis : janvier-février 1927
Clara Bow : Betty Lou
Antonio Moreno: Cyrus Waltham
William Austin : Monty
Jacqueline Gadsdon : Adela Van Norman
Gary Cooper : le Journaliste
Julia Swayne Gordon : Mrs. Van Norman
Priscilla Bonner : Molly
Eleanor Lawson : une employée
Rose Tapley : une employée
Gabriele Agrimonti accompagnement improvisé à l’orgue
En coproduction avec l’Institut Lumière, dans le cadre du festival Lumière.
La jeune et jolie Betty Lou (Clara Bow) est vendeuse dans un grand magasin. Lorsque, succédant à son père, Cyrus Waltham (Antonio Moreno) prend ses fonctions, Betty Lou décide de séduire son nouveau directeur.
En 1927, Le Coup de foudre – It dans son titre original – fait de Clara Bow, star hollywoodienne des années 1920, la première «it-girl» de l’histoire. Le film est tiré de la nouvelle It d’Elinor Glyn, qui décrit le «it» (littéralement «ça») comme cette petite chose spéciale, indéfinissable, qui rend certaines personnes plus magnétiques que d’autres. Ce «it», Betty Lou le possède indubitablement, et l’on se doute dès les premières images que son patron, Cyrus, finira par y succomber. C’est le chemin qui nous intéresse, avec sa drôlerie, son mélo, ses scènes maritimes puissantes et, pour les exalter, un accompagnement improvisé au grand orgue de l’Auditorium que le jeune organiste italien Gabriele Agrimonti nous promet très Années folles.
Texte : Institut Lumière et Auditorium-Orchestre national de Lyon
«It». «It-girl». Si cette expression a de nouveau inondé les magazines il y a quelques années, peu de personnes en connaissent l’origine. En 1926, la romancière britannique Elinor Glyn utilise, dans une ses histoires, le pronom «it» [ça] afin de décrire cette qualité un peu spéciale, possédée par certaines personnes qui attirent toutes les autres. Comme une force magnétique, quelque chose en plus, indéfinissable.
Adapté au cinéma l’année suivante, avec la contribution de l’autrice, Le Coup de foudre – It dans son titre original – fait de Clara Bow la première «it-girl» de l’histoire. L’actrice new-yorkaise, issue d’un milieu miséreux, décide très jeune de faire du cinéma un tremplin pour s’en sortir. Elle débute à 16 ans et tournera près de soixante films en onze ans de carrière. Rapidement, elle devient un véritable sex-symbol, objet de tous les scandales pour Hollywood qui n’attend que ça. Ici, Clara Bow incarne une jeune femme aussi ingénue que fatale. Elle est irrésistible et personnifie tout l’imaginaire des années 1920 : jeunesse et liberté, coupe courte, chapeau cloche et les lèvres peintes.
It est une irrésistible comédie. Car évidemment, le chemin pour accéder à l’union entre Betty Lou et Cyrus ne sera pas sans embûches, et il y aura quelques épreuves drôles ou sensibles à traverser. Immense succès de l’époque, le film de Clarence G. Badger (secondé par Josef von Sternberg) n’a rien perdu de son énergie virevoltante.
«Une des meilleures créations de Clara Bow, la fantaisiste vedette au charme acidulé. C’est, d’ailleurs, dans ce film qu’elle obtint un triomphe […]. Le film et la vedette en valent la peine. Évidemment l’intrigue n’offre rien de bien nouveau, mais dans le développement, dans chaque détail bien observé, dans l’animation il y a une jeunesse, un entrain, une gaieté saine qui forcent la sympathie. D’excellentes scènes se passant sur un bateau ont l’élément marin comme attrait, ce qui n’est pas mince. Et surtout, il y a, répétons-le, Clara Bow, laquelle, exquise, pétulante et d’une intelligente expressivité, est bien une fascination vivante.» (Cinémagazine n° 18, 4 mai 1928)
Texte : Institut Lumière
Qui a fait l’expérience de voir un film muet dans le silence s’est rendu compte qu’il est difficile de bien voir lorsque l’on n’a pas le son. Dès l’enfance du cinéma muet, on a pris l’habitude de fabriquer une bande originale improvisée au piano – ou, dans les salles prestigieuses, à l’orgue de cinéma – pour «aider à voir» (et surtout, au commencement, pour masquer le bruit des projecteurs). En 1908, âgé de 73 ans, Camille Saint-Saëns a même écrit la première musique de film originale de l’histoire du cinéma, pour petit orchestre, à l’intention d’un court-métrage : L’Assassinat du Duc de Guise, réalisé par André Calmettes et Charles Le Bargy.
Mais, pour que la musique donne vraiment une dimension supplémentaire aux images, elle ne doit pas se contenter d’être un joli flot de notes, ni même de se calquer trop directement sur ce que montre l’écran. Tout l’art du compositeur ou de l’improvisateur va être de faire émerger le non-dit, de flouter certains contours et d’en souligner d’autres, d’imprimer dans les esprits des images sonores qui se superposeront aux images cinématographiques, d’anticiper légèrement les scènes pour créer un surcroît de tension, de construire (même dans l’improvisation) un discours musical qui ait sa propre logique, sa propre force, pour décupler celle des images.
Dans le cas de l’improvisation, cet art est le fruit d’une longue formation, qui met en jeu à la fois la technique instrumentale (ces improvisateurs sont également de grands concertistes), l’habileté de compositeur (tous ont fait les classes d’écriture) et cette capacité bien particulière à s’approprier un film muet, à en maîtriser parfaitement la construction et les enchaînements pour lui rendre en échange cette partition totalement improvisée mais minutieusement préparée qui le magnifiera. Ce métier s’apprend notamment dans le cadre d’un master du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris mené par Thierry Escaich et Jean-François Zygel, dont sont issus la plupart des organistes qui se produisent en ciné-concert à l’Auditorium de Lyon.
Gabriele Agrimonti, qui est issu de ce parcours d’élite, nous promet dans Le Coup de foudre une musique très plaisante, nourrie des rythmes de danse des Années folles. Mais il saura également, aidé des quelque 6400 tuyaux de l’orgue, nous faire fondre dans les scènes plus tendres ou nous emporter au loin dans les scènes maritimes.
– Claire Delamarche
Les facteurs d’orgue :
Aristide Cavaillé-Coll (1878)
Victor Gonzalez (1939)
Georges Danion/S. A. Gonzalez (1977)
Michel Gaillard/Manufacture Aubertin (2013)
Console :
Christophe Cailleux/Organotech (2024)
Construit pour l’Exposition universelle de 1878 et la salle du Trocadéro, à Paris, cet instrument monumental (82 jeux et 6300 tuyaux) fut la «vitrine» du plus fameux facteur de son temps, Aristide Cavaillé-Coll. Les plus grands musiciens se sont bousculés à la console de cet orgue prestigieux, qui a révélé au public les Requiem de Maurice Duruflé et Gabriel Fauré, le Concerto pour orgue de Francis Poulenc et des pages maîtresses de César Franck, Charles-Marie Widor, Marcel Dupré, Olivier Messiaen, Jehan Alain, Kaija Saariaho, Édith Canat de Chizy, Thierry Escaich ou Philippe Hersant. Remonté en 1939 dans le nouveau palais de Chaillot par Victor Gonzalez, puis transféré en 1977 à l’Auditorium de Lyon par son successeur Georges Danion, cet orgue a bénéficié en 2013 d’une restauration par Michel Gaillard (manufacture Aubertin) qui lui a rendu sa splendeur. La variété de ses jeux lui permet aujourd’hui d’aborder tous les répertoires, de Bach ou Couperin aux grandes pages romantiques et contemporaines. C’est, hors Paris (Maison de la Radio et Philharmonie), le seul grand orgue de salle de concert en France. Depuis octobre 2024, il bénéficie d’une console neuve, réalisée par Christophe Cailleux/Organotech.
L’orgue
Vertigo
Hitchcock
Bryant, Salomé
Paul Goussot
Le Mécano de la «General»
Buster Keaton / MoniCa Melcova
Dès 7 ans